Les assistants socialistes à l'Assemblée nationale viennent de se faire brutalement exclure des réunions de groupe. Jusqu'ici, ils pouvaient assister aux réunions du mardi matin, les plus politiques, mais étaient exclus de celles du mercredi matin, plus techniques. Cela les irritent, et je les comprend, car la soudaineté de la décision, et son caractère vexatoire sont difficiles à encaisser. Encore une erreur politique à gauche, à croire qu'il y a un concours en ce moment au PS...

En quoi, mis à part la vexation, cela pose-t-il problème ?

Les réunions de groupe, comme leur nom l'indique, réunissent les députés d'un groupe parlementaire. Parfois, ces réunions peuvent être ouvertes à d'autres. Martine Aubry, bien que simple maire de Lille, venait aux réunions du groupe PS avant 2012, comme première secrétaire du PS. Quand il s'agit du groupe majoritaire, des membres du gouvernement viennent régulièrement, et notamment le Premier ministre, accompagnés de leurs collaborateurs. Parfois, selon la culture politique du groupe, les assistants parlementaires peuvent aussi venir. C'était le cas, jusqu'ici, du parti socialiste, c'est le cas des Verts et ce fut le cas de l'éphémère R-UMP. Par contre, pour les groupes UMP et UDI, pas question que les assistants viennent. Ces réunions sont le territoire des seigneurs, hors de question que les domestiques s'y aventurent.

La justification de l'exclusion est, au fond, qu'il faut faire la différence entre les torchons et les serviettes, et que les simples collaborateurs n'ont pas à être présents dans les réunions de chefs. La différence de statut est rédhibitoire. Souvent, ce n'est pas assumé comme tel, et on a droit à des prétextes. A l'Assemblée nationale, quand il était dans la majorité, le groupe UMP prétextait que la salle Colbert, où il se réunissait, était trop petite, et qu'il fallait faire du tri pour que tout le monde puisse entrer. Quand les socialistes sont arrivés dans la majorité, et ont récupéré la salle Colbert (qui revient de droit au groupe majoritaire), ils ont été faire leurs réunions de groupes dans une autre salle, plus grande, la salle Victor Hugo (comme quoi, quand on veut...). L'excuse du groupe UMP, une fois passé dans l'opposition, a changé. Désormais, ils mettent en avant la crainte de la désertion des députés, qui se contentent d'envoyer leur assistant écouter ce qui se dit, pour leur faire un compte rendu, pendant qu'eux se consacrent à des tâches plus productives. Vu le faible intérêt des réunions de groupe de l'UMP, cette explication pourrait être audible, mais ça sent encore trop le prétexte. Cela ne posait pas de problème au groupe R-UMP et ne provoquait pas un absentéisme des députés.

Pourtant, la présence des collaborateurs aux réunions de groupe est très utile pour les députés. Cela permet aux collaborateurs d'avoir les informations, de savoir ce qui s'est dit réellement, de sentir l'ambiance. Quand après, il faut rédiger courriers et amendements, on sait où on va, on sait comment orienter (ou pas) sa production. Cela évite au député d'avoir à faire le compte rendu à son assistant, cela évite aussi une surcharge de travail aux chargés de mission des groupes, vers qui les collaborateurs se tournent naturellement quand ils ont une question.

Cette présence crée un lien entre le groupe et les collaborateurs. A partir du moment où les assistants se sentent aimés, intégrés, on peut leur demander des services, on peut par exemple monter des équipes de supplétifs en cas de coup de bourre sur un texte, quand il faut s'amuser, dans l'opposition, à pondre de l'amendement au kilomètre pour faire de l'obstruction. Les collaborateurs de députés étant salariés de leur seul parlementaire, ils ne doivent rien au groupe. Pourtant, pour peu qu'on leur demande gentiment et que cela présente un intérêt, ils peuvent donner beaucoup. En crachant sur les assistants, les groupes parlementaires ne se rendent pas compte de ce qu'ils perdent. Pour l'UMP, vu qu'ils n'ont jamais exploité le vivier, ils ne se rendent compte de rien. Mais au PS, je plains le chargé de mission du groupe qui aura besoin d'un coup de main en cas d'urgence...

Respecter et valoriser les collaborateurs de députés, en fixant des règles et des limites, est toujours payant. Mais la rationalité n'est pas nécessairement au rendez-vous en politique, l'ego et les satisfactions d'orgueil des élus prenant trop souvent le pas sur la recherche de l'efficacité. Les députés se plaignent de manquer de moyens, mais peut-être est-ce aussi parce qu'ils exploitent très mal ceux qu'ils ont...