Le pape François n'en finit pas de mettre la pagaille au Vatican. Il circule sans escorte, roule en 4L, appelle les gens directement au téléphone. Le style est d'une grand simplicité, qui se révèle ne pas être de la comm' (ou alors ce type est vraiment très doué). Il prône des valeurs de solidarité, d'accueil inconditionnel de l'autre, qui ne peuvent pas laisser les protestants indifférents. Cette manière d'être, à l'inverse absolue de son prédécesseur, offre une image de cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, problème trop souvent rencontré chez tous les chrétiens, qui fixent la barre très haut (ils n'ont pas le choix, c'est dans les Ecritures), mais ne sont pas toujours capables d'assumer dans leur quotidien. C'est sans doute ce qui doit le plus froisser chez certains car, par sa simplicité, le pape François leur met le nez sur leurs petites (ou grandes) compromissions, sur les écarts entre leurs pratiques et ce qui est écrit dans les textes lus le dimanche à l'église...

Là où le pape frappe le plus fort, c'est sur la technostructure vaticane et sur l'organisation institutionnelle. L'administration vaticane est court-circuitée, le pape appelle les gens directement au téléphone, ne lit pas les discours écrits pour lui, mais dit ce qu'il veut. Il a commencé le ménage à la banque du Vatican, en virant les dirigeants, la Curie risque de subir une cure d'amaigrissement assez drastique en octobre. Bref, il s'attaque très directement au principal problème de l'église catholique, sa bureaucratisation et la mainmise d'une hiérarchie pesante et sclérosée. On comprend que ses prédécesseurs immédiats n'aient pas osé s'attaquer à ce chantier. Je ne peux qu'applaudir, car le poids de la structure institutionnelle est pour moi un véritable cancer pour une religion. C'est l'inverse du message du Christ, qui passait son temps à casser du sucre sur le dos des dignitaires religieux de son temps, à dénoncer le caractère sclérosant et néfaste des multiples règles rituelles, qui faisaient véritablement écran entre les fidèles et Dieu. Dans les évangiles, on le voit très régulièrement bafouer ces règles rituelles, au grand dam des autorités religieuses de l'époque, qui vivaient la religion comme une routine administrative où l'essentiel était le pouvoir qu'ils pouvaient exercer par ce biais.

Il se trouve que Jésus a mal fini (il s'est finalement bien rattrapé au bout de 3 jours), et assez rapidement. Après un temps de surprise devant la radicalité du message et surtout, sa mise en pratique réelle, les autorités religieuses se sont vite reprises et le trublion a été bien vite éliminé. J'ai un peu peur que le pape François ne se retrouve lui aussi, cloué sur une croix (au sens figuré bien sûr). Il va finir par gêner trop de gens, bouleverser trop d'habitudes et de positions de pouvoir. Pour l'instant, il est sur la lancée de son élection, dans la période de l'état de grâce où les opposants ne peuvent que se taire, tant toute critique est inaudible et contreproductive. Mais il arrive toujours un moment où le réformateur s'essouffle, où il est obligé de marquer une pause dans les réformes. Ce moment survient en général quand, pour aller plus loin, il a besoin d'associer d'autres personnes, de faire adhérer au nouveau système qu'il compte mettre en place sur les ruines de celui qu'il vient d'abattre.

Le pape François est dans la phase initiale où rien ne peut l'arrêter, et où finalement, c'est facile. Il suffit de démanteler, de prendre à contre-pied et de déstabiliser l'adversaire. Mais viendra le moment où c'est lui se trouvera dans la position inverse, celle où il sera en situation de construire. On verra alors sans aucun doute tous ces monsignore italien, qui actuellement se font tailler des croupières, relever la tête. Le souci est que le pape François est âgé, et que nul ne sait si, dans deux ou trois ans, il aura la force de mener à bien ce qu'a essayé de faire Jean XXIII, et qui n'a été qu'une réussite partielle.

Combien de temps va durer cette phase initiale ? Quand est-ce que la Réaction aura lieu ? Le pape François sera-t-il une simple parenthèse ou, au contraire, celui qui aura initié une réforme en profondeur du catholicisme ? Finalement, les catholiques ont-ils tant que ça envie que leur église change ? Je dois avouer que j'ai un peu peur que ce sympathique pape François, qui est un authentique chrétien, ne se fasse broyer par la lourde machine de pouvoir qu'est la technostructure de l'église catholique...