J'ai lu avec une certaine sidération le billet paru sur le site des veilleurs concernant leur manifestation de ce soir. En résumé, on y apprend que c'est un rassemblement organisé sur la voie publique, destiné à soutenir des positions politiques et à protester contre la politique du gouvernement en place. Mais pour autant, aux yeux des organisateurs, ce n'est pas une manifestation.

On est dans la mauvaise foi la plus absolue. Il est évident qu'au regard des éléments objectifs fournis dans le billet lui même, qu'il s'agit d'une manifestation sur la voie publique. Sur twitter, ils en rajoutent, en prétendant que puisqu'il n'y aura pas de violences et de débordements (ce que je veux bien croire), il n'y a pas de problème d'ordre public (là, je suis beaucoup moins d'accord). On est bien dans une manifestation devant faire l'objet d'une déclaration en préfecture, quand bien même le risque de violences physiques est faible.

Toute manifestation non autorisée est contraire à l'ordre public, car c'est une violation de la loi qui oblige tout organisateur de manifestation à la déclarer. C'est pourtant simple à comprendre ! Tout attroupement est un danger, car source potentielle de violence. Si un attroupement arrive à vaincre les forces de police envoyées contre lui, la voie est ouverte à la prise du pouvoir. Comment croyez vous qu'on changeait de régime au XIXeme siècle ? Pas par les urnes, mais par l'émeute de rue. Il existe donc une règlementation autour des manifestations sur la voie publique destinée à prévenir cela, même si le risque ultime, le renversement du gouvernement par la rue, est devenu hautement improbable dans notre démocratie apaisée. La loi étant la loi, tant qu'elle n'est pas abrogée, même si elle peut apparaitre un peu surdimensionnée ou obsolète, elle reste la loi et doit être appliquée.

Sur le fond, j'ai été interpellé par ce refus des veilleurs de se reconnaitre comme des manifestants, car il a un sens. Il s'agit d'un refus de cette mouvance de se mettre au même niveau que les autres mouvements défendant des positions politiques et contestant (ou soutenant) le gouvernement. Ils se veulent d'une autre nature, car ils estiment détenir la Vérité, la seule, la vraie. Il est donc hors de question de mettre leurs idées au même niveau que les autres, d'accepter d'être un opinion parmi d'autres, soumise à la critique et au final, au vote démocratique. C'est un refus pur et simple des règles du jeu démocratique...

Ce refus de s'inscrire dans le cadre politique ordinaire vient de cette racine catholique, de la nature "théocratique" de ce mouvement, pour qui la parole de Dieu (enfin, leurs opinions camouflées sous cette bannière) ne saurait être confondue avec de simples doctrines humaines. Cela explique toute la difficulté, sinon l'impossibilité, d'une poursuite de ce mouvement sous une forme politique assumée comme telle. Il y aura toujours, dans ce mouvement, un refus de franchir le pas, d'accepter d'entrer dans le jeu de la politique.

L'expression d'opinions politiques est parfaitement libre dans notre pays et la compétition doit se faire dans un cadre défini, avec ses règles. La seule légitimité possible est celle des urnes, et si on veut voir ses idées mises en œuvre dans la loi, on se présente aux élections. Or, les Veilleurs semblent refuser que leurs idées puissent se retrouver en compétition, à égalité avec les autres. Ils refusent en tout cas de se placer pleinement dans ce champ de la compétition démocratique. Leur mouvement est donc voué à l'échec, car il est hors de question que l'on change les règles de la démocratie pour eux. Bien que partisan du mariage pour tous, je ne me suis pas franchement mobilisé en sa faveur, de toute manière, cela n'était pas nécessaire. Je regardais jusqu'ici le mouvement des Veilleurs avec une indifférence un peu agacée, mais sans plus. Par contre, je me mobiliserai clairement si on touche aux règles de la démocratie. Il est hors de question qu'une quelconque reconnaissance officielle soit accordée à une légitimité politique autre que celle qui vient des urnes.