L'UMP semble enfin se diriger vers un vrai débat de fond, celui sur sa ligne politique. Il était temps, car si la droite française veut se reconstruire, il faut commencer par déblayer les décombres, enlever et enterrer quelques cadavres. Si le choc Copé-Fillon a été si violent et destructeur, c'est parce que ce débat sur la ligne n'avait pas été fait au préalable ou en parallèle.

La vraie question qui se pose à l'UMP est un vieux débat de la droite : coup de barre bien à droite ou recentrage. En 2007, et plus clairement en 2010, Nicolas Sarkozy a choisi le coup de barre à droite, et n'a pas fait les choses à moitié ! Sauf qu'il l'a fait sans débat, en imposant à tous de suivre. Certes il y a eu des grincements de dents, des contorsions, mais la nécessaire cohésion du parti, quand il est au pouvoir, l'a emporté sur les réticences idéologiques. Quand on est plutôt centriste mais carriériste, comme par exemple NKM ou Wauquiez, le choix est vite fait, en faveur de la carrière, en mettant le mouchoir sur le désaccord idéologique.

Bien des électeurs de droite ont aussi été devant ce choix. Un certain nombre de ceux qui étaient en désaccord idéologique ont choisi de se mettre une pince à ligne sur le nez et de voter quand même pour leurs couleurs, parce que l'autre bord politique, c'est vraiment trop horrible. Mais une minorité pas si négligeable à droite (j'en fait partie) a sciemment choisi de faire perdre son camp en restant à la maison ou en ne votant pas pour le candidat UMP. Et cela dès 2010. Cette minorité de centre-droit a vu ses effectifs augmenter lors du basculement dans l'opposition, à partir du moment où il n'y avaient plus rien à perdre, en terme de carrière, à écouter sa conscience.

Si cette minorité de centre-droit ne revient pas, l'UMP risque de continuer à perdre, car ce n'est pas du coté de Marine Le Pen qu'il faudra aller chercher les voix, elle ne lâchera rien. La dérive droitière de l'UMP est allée trop loin, et il faut revenir en arrière. Cela suppose un recentrage, qui implique de lâcher du lest sur certaines thématiques, d'appuyer un peu sur d'autres. Les appareils politiques savent très bien faire cela. Mais cela implique de "tuer le père", de désavouer publiquement les choix de Nicolas Sarkozy, et donc de l'enterrer politiquement. Or, nombre de militants ont adhéré à l'UMP pour Sarkozy, avec un attachement à sa personne qui relève de l'affectif. Cela oblige aussi Jean-François Copé, qui s'était placé comme le digne héritier de Sarkozy, à effectuer un recentrage qui achèvera de le discréditer, en lui faisant perdre ses soutiens droitiers, sans lui faire gagner quoi que ce soit au centre-droit.

A un moment donné, il faut trancher cette question du positionnement sur l'axe politique. Rien ne peut avancer tant que cette décision n'est pas prise, car finalement, c'est elle qui conditionne l'adhésion, ou non, au parti et à ses leaders. Le pire est de rester dans l'indécision, car tout le monde reste l'arme au pied et plus rien ne se passe. On le voit bien avec l'UMP, complètement aphone et inefficace depuis le clash Copé-Fillon.

Je ne sais pas comment se débat va se faire, et encore moins s'il arrivera à aboutir. Les obstacles sont nombreux, mais c'est la condition sine qua non de la survie politique de la droite et la clé d'un éventuel retour au pouvoir en 2017. Cette perspective devrait être le principal moteur du débat...