La session extraordinaire du Parlement vient de se terminer. Une page se tourne pour moi. Je n'ai aucun regret, aucune tristesse, juste la petite larme qui vient au coin de l’œil quand une porte se referme pour de bon et qu'on passe à autre chose. Ça dure peu de temps, tout en étant inévitable. Je pars sans regret, car j'ai épuisé les charmes de ma précédente fonction. Certes, je m'amusais encore, car un troll comme moi ne pourra jamais se lasser et épuiser le potentiel que lui offre la vie politique. Mais je n'apprenais plus rien, je n'avais plus de perspective de progression professionnelle. Dans ces cas là, il faut savoir s'arracher du confort douillet pour partir vers une autre aventure professionnelle, avant de se retrouver contraint de le faire, dans des conditions beaucoup moins sympathiques et confortables. J'ai été trop marqué par ce qui est arrivé à certains en 2007 et en 2012 !

Je pars donc, dans des conditions que je considère comme optimales. Je laisse un successeur compétent, formé au poste. Je lui ai donné le maximum de ce que je pouvais lui donner. Je pars donc la conscience tranquille, comme je l'ai toujours fait quand j'ai quitté un poste. Je suis en excellents termes avec tous mes anciens employeurs. J'arrive sur un poste qui me fais envie, qui me fais kiffer, où je peux à la fois exploiter au mieux les compétences acquises dans les précédents postes et progresser, découvrir de nouveaux horizons. En plus, j'arrive dans une équipe où je me sens bien, ce qui compte beaucoup pour moi. Personnellement, je ne pouvais pas rêver meilleure transition professionnelle.

Je pars en ayant eu des satisfactions professionnelles. Je me suis bien amusé, et l'essentiel est là. Je n'ai pas eu l'impression de perdre mon temps (même s'il était temps de partir) et surtout d'avoir été, un peu, utile aux causes qui me tenaient à cœur. Je suis lucide sur mon apport, car je sais que la décision publique est un processus collectif où l'intervention d'une seule personne est rarement décisive, sauf à être au sommet (ce qui n'était pas mon cas). Mais j'ai pu participer à un processus global, intervenir, dans l'étape où je me situais, afin d'améliorer les choses. Dans certains cas, j'ai eu la satisfaction d'avoir fait des choses qui n'auraient pas été faites si je n'avais pas été là, et qui ont, peut-être, modifié la manière dont les choses se sont déroulées, sans préjuger de l'impact réel à long terme, sans doute très faible. Bref, je n'ai pas le sentiment d'avoir été totalement inutile au bien commun. Ça compte à l'heure du bilan !

Cela va bien entendu provoquer des évolutions sur ce blog. Beaucoup de lecteurs connaissent ma véritable identité (en même temps, c'est pas bien compliqué à trouver). Il est évident que je ne vais pas mettre en péril ma vie professionnelle, et que mon identité IRL prime sur mon identité numérique. Je ne pourrai pas forcément me permettre des choses que je me permettais, inversement, des espaces nouveaux de liberté vont s'offrir. La tonalité de ce blog pourrait changer, sans que je sois en mesure de donner davantage de précisions. Cela se fera au feeling, avec comme limite absolue de ne pas nuire à mes activités professionnelles. Pour le reste, je sais qu'on ne se refait pas...

C'est un moment important pour ce blog, car je sais maintenant qu'il survivra au contexte dans lequel il est né. C'est toujours le même problème quand on lance un blog : on a un rythme de vie, des contraintes et des libertés qui sont très liées à la vie personnelle et professionnelle. Il suffit qu'un paramètre change, que le temps se fasse soudain plus rare, que de nouvelles règles déontologiques surviennent, pour qu'un blog disparaisse. Cela m'aurait fait mal au cœur d'arrêter, finalement, ce ne sera pas le cas (au prix d'une évolution, mais c'est inévitable).

Ce blog continuera à être ce qu'il a toujours été, un blog personnel. Ce blog, c'est moi, avec mes exaltations et mes détestations, mes coups de fatigue, mes emballements. Je ne suis absolument pas objectif et ce n'est pas le but d'un blog. Je continue à me réserver le droit de "surprendre" mes lecteurs avec des billets au ton différent, qui relèvent du coup de gueule et de la réaction à chaud, en assumant parfaitement de ne pas être consensuel. Nous sommes tous pleins de contradictions, vivant sur des plans différents. Je revendique et j'assume ma complexité, au risque de dérouter. Toute tentative de lier mon expression personnelle avec mes activités professionnelles ne peut que mener à de lourdes erreurs d'analyses. Quand on fait le métier que j'ai fait pendant plus de 10 ans, on apprend la schizophrénie, on fait la part des choses dans ses indignations. J'ai lancé des coups de gueule sur des sujets où je ne suis pas intervenu professionnellement, et inversement, j'ai fait bien des choses dans le cadre de mon boulot qui n'ont pas trouvé le moindre écho ici. En vieillissant, j'ai affiné mon regard sur le monde et pris beaucoup de recul sur l'écume médiatique, ainsi que sur l'influence (bien faible) que je peux avoir sur la marche du monde et de la vie politique. Je n'ai aucune influence, et je m'en porte très bien.

Je passe à une autre étape, où je souhaite continuer à servir le bien public, mais différemment. Là encore, mon apport personnel ne sera sans doute pas décisif, et sera même probablement insignifiant. Mais j'ai renoncé à être décisif. Ce que je souhaite, c'est participer à un processus collectif qui aboutit à ce que le débat démocratique soit de qualité, et que les décisions qui en découlent soient le plus conformes possible à l'intérêt général. C'est un sacrifice de l'ego, le chemin inverse de l'engagement en politique. C'est parfaitement choisi et assumé, et cela correspond finalement assez bien à ce que je suis, même s'il faut parfois un peu de temps pour l'accepter.

Un changement professionnel est finalement parfois aussi une évolution dans la maturité, l'occasion de concrétiser professionnellement une évolution personnelle. En vieillissant, on change (on se bonifie) et les aspirations évoluent. Cela doit se traduire par une évolution professionnelle, afin de rester en phase avec soi-même. C'est ce que j'ai fait, et j'adapte ensuite les différents compartiments de ma vie à cette évolution qui est quand même importante. Le moment est venu de tourner la page d'une étape de ma vie, sans regrets et sans remords.