Bien que disposant de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, les socialistes ont décidé de passer des accords de gouvernement avec plusieurs de leurs alliés traditionnels de gauche, dont les Verts. Régulièrement, ces écologistes viennent se rappeler au bon souvenir de leurs alliés, et au bout d'un certain nombre de couleuvres avalées, ils viennent réclamer leur petit pourboire. Cela se limite généralement à permettre aux Verts de faire des annonces et de la communication politique, car le boulot est techniquement tellement dégueulasse qu'il n'est pas opérationnel. Mais finalement, ce n'est pas tellement cet aspect qui compte pour les élus écologistes, qui sont parmi les plus "politiques" de l'hémicycle.

Hier soir, lors des débats à l'Assemblée nationale sur le projet de loi relatif aux métropoles, les Verts ont de nouveau frappé, et atteint un nouveau sommet d'ineptie juridique. Ils ont contraint le gouvernement à déposer, en dernière minute, un amendement qui ferait pleurer un capacitaire en droit, tellement c'est tout sauf du droit. Juridiquement, c'est du vent, puisque cet amendement se contente de poser un principe, sans donner le moindre détail, ni même la date d'entrée en vigueur. Il arrive d'ailleurs comme un chien dans un jeu de quille, car l'édifice institutionnel que cette loi est en train de construire est déjà très complexe. En plus, cela arrive par le biais d'un amendement déposé à la dernière minute, dont le rapporteur prend connaissance dans l'hémicycle, en le lisant. Ce n'est tout simplement pas opérationnel, donc, cela n'a rien à faire dans la loi et ce sera probablement viré par le Conseil constitutionnel, avec un considérant plus ou moins aimable. Il est évident que cet article n'aura strictement aucune portée pratique.

Mais ce n'est pas ce qui intéresse les écologistes, qui dès son adoption, avec les seuls voix du PS et des Verts, ont crié victoire. A les entendre, c'est fait, les intercommunalités sont élues au suffrage universel. Il faut grandement relativiser. Ils ont tout au plus réussi à arracher, grâce à un droit de tirage politique, une vague signal du gouvernement comme quoi on va réfléchir à l'introduction d'une élection directe des conseillers communautaires. Et encore, je doute sincèrement de l'adhésion des socialistes à cette idée, car mis à part le rapporteur et l'oratrice du groupe PS, qui sont en service commandé pour applaudir des deux mains ce que fait le gouvernement, même si c'est du grand n'importe quoi, le soutien a été tiède. J'ai même entendu un député PS, Carlos Da Silva, exprimer sa gêne dans le débat, tant sur le fond que sur la forme.

C'est vraiment dommage que les choses se passent ainsi, parce que derrière, il y a un débat de fond très lourd et crucial : faut-il donner aux intercommunalités une légitimité démocratique directe ? Les conséquences sont importantes, car vu le poids des compétences des intercommunalités, on relègue les communes au rang de coquilles vides, et on cantonne les maires à l'inauguration des chrysanthèmes. On ne peut pas dire que ce soit un petit débat technique... Qu'une telle évolution soit obtenue suite à un véritable hold-up, sur la base d'un amendement de dernière minute, discuté dans des conditions inadéquates, c'est indigne de la démocratie parlementaire. Tout cela pour qu'un groupe minoritaire de la majorité puisse se pavaner dans les médias et affirmer qu'ils sont politiquement influents... C'est triste et c'est surtout une escroquerie politique. Mais qu'attendre de plus des Verts, qui ne pèsent rien avec leurs 18 députés sur 577, leurs 11 sénateurs sur 348 et leur poignée d'élus municipaux. Ils ne pèsent que l'appoint qu'ils apportent au PS aux deuxièmes tours d'élections. A défaut d'avoir une véritable influence politique sur le fond, ils en sont réduits à faire des coups, grillant au passage leur crédit et leur capacité à faire réellement bouger les lignes sur le fond.