Une députée socialiste de la Gironde, Pascale Got, a annoncé son intention de déposer, sur le projet de loi sur la consommation, un amendement réservant l'usage du terme "restaurant" aux seuls établissements qui cuisinent sur place, à partir de produits bruts, au détriment de ceux qui ne font que réchauffer des produits préparés ailleurs. Ce n'est pas une idée nouvelle, et encore moins une initiative inédite. Derrière, il y a un lobby professionnel, qui demande la création d'une chasse gardée, d'une niche règlementaire. Le modèle de tout cela est venu des boulangers, qui ont réussi à faire passer le fait de réserver l'appellation "boulangerie" uniquement pour ceux qui font leur pâte sur place. Les autres s'appellent comme ils veulent, mais pas boulanger.

Nous sommes ici devant un travers bien français, de celui qui fait crever notre économie. Plutôt que de s'activer à faire progresser leurs affaires, à travailler pour améliorer les produits, le service, le lobby professionnel passe son temps à assiéger le pouvoir public pour demander la création de chasses gardées, avec des barrières règlementaires, afin d'écarter leurs concurrents du marché qu'ils occupent. Le but ici est clair, réserver à un certain type de restaurateurs, ceux qui on les moyens d'avoir des cuisines entièrement équipées et du personnel nombreux, le bénéfice marketing d'un terme connoté positivement. L'idée derrière est de dire que eux sont bien, et les autres, c'est de la merde parce que tout n'est pas fait sur place, donc qu'il faut consommer chez eux et pas chez les autres. Bien entendu, vu qu'on créé des règles supplémentaires, il faut créer des corps d'inspection (de fonctionnaires) afin de vérifier que ces règles tatillonnes et édictées dans le seul intérêt d'une petite catégorie. Aux frais du contribuable bien évidemment...

Dans cette affaire, où est donc le problème, pour le consommateur, que les produits soient ou ne soient pas entièrement cuisinés sur place ? Ce n'est pas parce que tout est fait sur place, avec des produits dit "frais" que le repas sera de bonne qualité sanitaire et gustative. Prenez l'exemple des produits surgelés Picard. J'en consomme régulièrement, c'est bon, de bonne qualité, et une fois dans l'assiette, on ne voit pas la différence avec des produits frais achetés le même jour sur les marchés. Pour le boulanger, c'est pareil, que la pâte sous faite dans le fournil en sous-sol, ou ailleurs, où est le problème à partir du moment où c'est de bonne qualité ? Prendre prétexte d'une meilleure "défense" du consommateur, pour justifier une demande protectionnisme commercial et marketing, c'est se moquer du monde.

Quand on regarde nos règlementations, combien ont surtout pour but de limiter la concurrence et de protéger des petits groupes qui sont su faire un lobbying efficace ? Une foule. Après, on vous parle de liberté d'entreprendre, et fluidifier l'économie. Je rigole. Commençons par faire sauter toutes ces barrières règlementaires totalement inutiles pour la protection des consommateurs. Quand je vais dans un restaurant, je demande que ce qu'il y a dans l'assiette soit bon, que le service soit efficace et le reste, je m'en moque éperdument !