Il n'y aura pas de nouveau vote pour la présidence de l'UMP. On s'en doutait, mais là, ça devient évident. Les dégâts politiques et médiatiques ont été trop importants pour que Copé ou Fillon, qui mettront du temps à s'en remettre, veuillent refaire un tour de manège. Les deux protagonistes ont finalement trouvé un compromis. Copé garde la présidence de l'UMP, et semble le grand vainqueur. Ce n'est pas si évident, car il conserve un parti financièrement exsangue, qui pourrait même se retrouver en faillite sur le conseil constitutionnel ne rembourse pas les frais de la campagne présidentielle de Sarkozy. En clair, Copé aura des moyens très limités, et un beau paquet d'emmerdes (que les fillonistes s'amuseront sans aucun doute à susciter) avec la gestion de l'UMP. Il perd aussi un atout que lui procurait cette présidence de l'UMP, car Fillon a arraché ce qu'il voulait : une primaire ouverte pour désigner le candidat de l'UMP à la présidentielle. Si ce sont les sympathisants qui votent, Fillon a un bel avantage, alors que c'est Copé qui aurait tenu la corde si cette désignation avait été faite par les militants, plus radicaux et droitisés que les sympathisants. Fillon a maintenant trois ans pour se préparer, en n'ayant plus la moindre illusion sur ce dont Copé est capable. Il a mis sur pied sa structure politique personnelle, son ancien club France.9, devenu "force républicaine" et qui son UMP à lui (sans les emmerdes de l'UMP) assurant son fonctionnement et un réseau militant qui sera la colonne vertébrale de sa future campagne, garanti "100% filloniste". On en reste à un match nul, avec les deux futurs candidats à la primaire de 2016 à peu près au même niveau, chacun ayant ses atouts et ses handicaps.

Ce faisant, la droite s'est encore un peu plus discréditée, car tout cet épisode est quand même une belle magouille d'appareil, où les militants sont magnifiquement cocufiés. Ils ont été écartés de bout en bout du processus décisionnel, par un accord au sommet. Une manière de faire de la politique qui plait de moins en moins, et qui risque de ne pas attirer beaucoup de monde à droite. Combien de militants, écoeurés par le duel, sont partis et ne reviendront pas, car ils n'y voient aucun intérêt ? beaucoup assurément. Combien de nouveaux adhérents viendront, maintenant qu'il est évident que l'UMP est devenue l'écurie de course de Copé, au service de ses seules ambitions ? Sans doute beaucoup d'ambitieux qui espère leur place au soleil, mais c'est bien tout.

La vie politique, que ce soit à l'UMP ou au PS est complètement stérile en terme d'idées et de renouvellement. Les partis politiques n'ont plus de crédit, si tant est qu'ils en avaient. C'est un élément, parmi d'autres, du blocage de notre société, qui se reconnait de moins en moins dans les corps intermédiaires censés la représenter. Il n'y a qu'à voir le mouvement anti mariage pour tous, qui s'est développé complètement en dehors des structures partisanes et qui s'en méfient (à juste titre) comme de la peste. L'UMP en est réduit à faire un racolage éhonté, courant après un mouvement auquel il n'a eu aucune part pour tenter de la récupérer.

Il y a un authentique problème démocratique, et on peut vraiment se demander si les partis politiques, tels que nous les connaissons, ont encore un rôle en dehors de la sélection et de la promotion des candidats. J'ai quelques doutes et c'est là le souci pour eux, car pour que les candidats sélectionnés soient crédibles, encore faut-ils qu'ils "représentent" autre chose qu'une coquille idéologiquement vide. On peut voir ça avec le PS, qui est état de décomposition plus avancé que l'UMP. Ça se traduit par des candidats certes élus, mais réelle légitimité politique car ne s'appuyant pas sur une adhésion à un programme et à une ligne politique clairement définie, donc incapables de trancher. C'est à terme la paralysie politique de notre pays qui se profile, car il n'y a rien de pire que des élus sans légitimité politique, sans ligne directrice validée par le peuple.