François Hollande, se rendant compte des dégâts politiques des lois de finances de l'hiver dernier sur le segment "chefs d'entreprise" a voulu opérer une opération séduction, afin d'amadouer un peu ce public qui a été particulièrement traumatisé par la première année de présidence socialiste. La fronde des pigeons n'a été que la partie médiatiquement visible d'une inquiétude réelle du monde de l'entreprise, devant une équipe gouvernementale qui non seulement, ne sait pas ce qu'est une entreprise, faute d'y avoir mis les pieds un jour, mais en plus, prétend tout régenter avec un biais idéologique très à gauche.

Il a donc organisé un grand raoût à l'élysée, avec plein d'annonces censées faire plaisir aux chefs d'entreprises, et notamment à ceux qui ont gueulé cet automne. Pour être certain de ne pas se planter, Fleur Pellerin a fait plancher depuis janvier, les représentants de ce milieu, avec comme mission de rédiger la lettre au père Noël. En clair, on a demandé au public concerné ce qu'il faut lui donner pour avoir la paix sociale. Un grand classique, qui permet une belle opération de communication, mais où l'intérêt général n'en sort pas nécessairement grandi. En effet, les demandes d'un public précis n'est pas forcément l'intérêt général, souvent c'est plutôt leur intérêt très catégoriel qui l'emporte, et tant pis s'il y a des dégâts collatéraux. Cette fois ci, je dois reconnaitre que même si certaines mesures sont un peu pipeau, dans l'ensemble, les intentions sont bonnes et ne lèsent personne. Les "experts" qui ont travaillé et proposé ont été corrects et n'ont pas demandé à être gavés, comme trop de lobbies (au hasard les cultureux).

La première demande est qu'on oriente davantage l'épargne des français vers la création d'entreprise, en réorientant les outils déjà existants. C'est pragmatique, et la solution est là : créer des outils clairement identifié "investissement dans les PME" où l'épargnant lambda, qui n'a ni le temps ni les compétences pour gérer ses investissements, puisse quand même investir dans ce segment de l'économie. Personnellement, je n'ai pas d'argent à investir, mais j'en aurais et je voudrais participer au financement des PME et stars-up, je serais bien ennuyé, car je n'ai aucun produit vraiment simple et clairement identifié. Au moins, PEA et assurance-vie, je sais ce que c'est, et si j'ai juste une case ou deux à cocher dans mon formulaire pour qu'une partie des placements aille vers les entreprises, c'est très bien. Il y a un véritable gisement inexploité, faute d'outils pour toucher l'investisseur lambda, qu'il n'est pas bien difficile de convaincre de prendre quelques risques "pour le bien de l'économie". Après tout, entre payer encore plus d'impôts ou faire quelques placements à risque pour relancer la machine économique, mon choix est vite fait ! L'idée d'inciter les grandes entreprises à investir dans les jeunes pousses est également bonne, mais c'est un peu triste de devoir le faire par un crédit d'impôts, donc sur fonds publics, alors que c'est l'intérêt bien compris des grosses boites que d'avoir un terreau de PME et de stars-up dans leurs secteurs.

Les changements fiscaux sont vitaux, et les mesures annoncées par Hollande sur les plus-values ou sur le statut des Jeunes entreprises innovantes vont dans le bon sens. Le problème est triple sur cette question de la fiscalité. La première problématique, qui n'est pas la plus essentielle, est celle du poids financier du prélèvement. Il est évident que moins on paie d'impôts, mieux on se porte. Tout le monde voit donc avec intérêt et bonheur tout diminution de la pression fiscale. La deuxième problématique, qui arrive loin devant dans les réclamations des chefs d'entreprises, c'est la complexité du droit fiscal, qui fait perdre du temps et génère coûts et stress. Le chef d'entreprise, notamment dans la PME, souhaite avant tout se consacrer au maximum au développement de son business et déteste tout ce qui est paperasse et dossiers à remplir. Notre droit fiscal est devenu une usine à gaz monstrueuse, avec tellement de niches qu'il faut sans cesse calculer pour savoir quelle option prendre, avec à la clé des documents à fournir et un risque important de contrôles. Hollande a pris l'engagement qu'il n'y ait plus de contrôles fiscaux systématiques quand une entreprise demande à bénéficier du Crédit impôt recherche. Voilà un petit truc qui sera réellement utile. Si en plus, le ministre du Budget pouvait continuer à mettre la pression pour qu'on évite au maximum les contrôles tatillons pour des bouts de chandelles, on aura fait de gros progrès. La troisième problématique est celle de la stabilité du droit. En France, notre droit fiscal est à un stade avancé de la maladie de Parkinson, et c'est dramatique. Quand on monte un plan d'affaires, on le fait sur la base du droit existant, et toute modification du droit entraine une modification de l'équilibre de l'entreprise. Si on pouvait adopter un moratoire sur certaines dispositions, en s'interdisant de les modifier pendant deux ou trois ans, là encore, on aura fait beaucoup !

La suppression de fichiers banque de France, notamment celui qui recense ceux qui ont connu un dépôt de bilan est une bonne idée, et l'état d'esprit qui l'anime, offrir une deuxième chance après un échec non fautif, va dans le bon sens. Mais cela nécessite une révolution culturelle dans les esprits, ce qui est loin d'être gagné. Cela nécessite aussi que les banques acceptent de jouer le jeu, car le problème de fond est l'accès au crédit. Si les banquiers continuent à être frileux dans leurs accords de crédits aux créateurs d'entreprises, ils trouveront toujours les moyens de détecter ceux qui sont "à risque". Cette suppression du fichier 040 de la Banque de France, c'est juste casser un thermomètre, mais pas dit que cela aura des effets profonds. Mais symboliquement, c'est très vendeur auprès du public visé par Hollande...

Par contre, pour ce qui est des visas "créateurs d'entreprises" et de l'aide à l'internationalisation, je rigole doucement. Les facilités administratives pour ceux qui veulent investir en France, c'est la moindre des choses, et ce n'est pas cela qui compte dans la décision d'investir en France. Je suis à peu près certain que cette mesure va être transformée en usine à gaz administrative et ne jouera absolument pas le rôle qui lui est assigné. Pour ce qui est des "maisons de l'international", je rigole doucement. Ça existe depuis très longtemps, on a plein, même trop de structures, et mettre tout le monde sous le même toit, sans la moindre fusion de structures, ça ne mène pas loin. Pour améliorer les choses, il faudrait tout supprimer, et mettre en place dans chaque pays une structure légère, composée de contractuels connaissant bien le pays, avec un seul mot d'ordre : se mettre au service des entrepreneurs qui viennent demander quelque chose, sans avoir de dossiers à faire remplir, de reporting compliqués à rendre à une hiérarchie pesante.

Enfin, on a comme d'habitude les mesures qui font hurler de rire tellement elles sont ridicules. La palme revient cette fois ci, à l'unanimité du jury et au premier tour, à l'idée de mettre en place une formation à l'entreprenariat en collège et en lycée. Et qui va le faire ? les profs d'économie, fonctionnaires n'ayant jamais vu de près la moindre entreprise, pour qui les saines lectures, c'est le Monde diplomatique et Alternatives économiques ? A hurler de rire !! La proposition de créer un fond spécial, à la BPI, pour la création d'entreprise dans les cités, c'est pas mal non plus. Encore faudrait-il qu'il y ait des créations d'entreprises dans ces cités, et que les chefs d'entreprises connaissent l'existence de ce fond et trouvent le chemin du guichet. C'est mission impossible ou presque, et on renforce encore la complexité du dispositif d'aide à la création d'entreprises. Plutôt de créer une nouvelle aide spécifique, il faudrait en fusionner un maximum afin de renforcer la visibilité de celles qui restent.

Au final, l'ensemble n'est pas trop mauvaise, les experts des tables-rondes ont plutôt bien travaillé. Là où j'ai plus de doutes, c'est sur la capacité des socialistes à comprendre réellement le monde des entreprises et des entrepreneurs, et à tenir le cap des mesures annoncées. La lutte pour la simplification et la stabilité fiscale doit être permanente, car les fonctionnaires de Bercy ne savent que raffiner la norme. Pour l'accès aux financements, il faudra aussi s'y tenir et ne pas se mettre à surtaxer les instruments d'épargne utilisés par les particuliers. Ce train de mesures aurait été annoncé en juillet dernier, j'aurais applaudi des deux mains. Il arrive quand même après plusieurs épisodes désolants, où les socialistes ont affiché, non seulement une méconnaissance du monde de l'entreprise, mais aussi une indifférence totale, voire un mépris pour les créateurs d'entreprise.