Le Parti socialiste vient de se tirer un missile nucléaire dans le pied, avec ce projet de texte, qui a fuité, concernant les relations à avoir avec l'Allemagne. Proposer une "confrontation" avec l'Allemagne, c'est de la bêtise à l'état pur. Et le pire, c'est que ce n'est pas le délire de quelques apparatchiks idéologisés, c'est relayé par le président de l'Assemblée nationale, numéro 4 de la République française. On vient encore de descendre d'un cran dans la décomposition politique de la gauche française.

Le lien avec l'Allemagne est le moteur de l'Europe. Tous ceux qui observent un tant soit peu les institutions européennes savent qu'un projet soutenu par la France et l'Allemagne a fait un grand pas pour obtenir une majorité. A l'inverse, un projet dont ni l'Allemagne ni la France ne veulent, aura bien du mal à trouver une majorité, et si c'est le cas, ça ressemblera à un attelage baroque entre Angleterre, Italie, Espagne et quelques autres pays. Jusqu'ici, l'entente a toujours été de mise, et même s'il y a parfois eu des frictions liées aux tempéraments des responsables politiques, globalement, le tandem a bien fonctionné. Les conséquences d'une rupture de l'axe franco-allemand seraient dramatiques pour la France et pour l'Europe. L'Allemagne devra se trouver un autre partenaire, qui pèse au moins aussi lourd que la France en terme de voix, et ce nouveau partenaire, ce ne peut être que les anglais. On a déjà vu ce que cela donnait, lors du dernier budget européen, où la décision a été prise entre Merkel et Cameron, laissant Hollande sur la touche. Je ne vais pas m'étendre plus loin, mais si Hollande et les socialistes commettent l'erreur de rompre l'axe franco-allemand, ce sera une faute historique, absolument impardonnable !

Pour l'instant, Certains semblent avoir encore un peu de jugeote, comme Ayrault qui fait ce qu'il peut pour réparer les dégâts. Malheureusement, les dégâts sont faits. Une relation diplomatique se distend progressivement, par petites touches. Cette affaire est un coup de canif de plus, qui même rattrapé, laissera une cicatrice. Les termes employés n'ont rien de diplomatique, et sont même insultants pour les allemands. On peut penser ce qu'on veut de leurs choix politiques, ne pas les approuver, mais avant de balancer des trucs dignes d'un blog militant de gauche, on analyse un peu et on cherche à comprendre. Dans les attaques socialistes contre l'Allemagne, on ne sent aucune réflexion de fond, juste des propos de café du commerce sur "l'égoïsme" allemand. Au passage, Cameron se prend le qualificatif de "thatchérien", qui fleure bon la disqualification militante : c'est l'héritier de Margaret, pas besoin d'en dire plus, rien qu'avec ça, il est le mal incarné. Le summum de la connerie est de faire ça maintenant, alors que les allemands sont en pleine campagne électorale. Si on veut jouer au bras-de-fer avec les allemands, je sais parfaitement qui va gagner. On est au delà de la maladresse et même de l'amateurisme...

Cette idée de provoquer une "tension démocratique" avec l'Allemagne est absurde et idiote. Peut-on m'expliquer, au parti socialiste ou chez Claude Bartolone, comment on fait concrètement ? On sait tous que l'Union Européenne n'a pas un fonctionnement très démocratique, et que tout se joue dans les négociations entre États. Je vois mal comment les élections européennes pourraient servir à une confrontation entre deux grands pays, quand on sait que ce vote se joue sur des enjeux nationaux. Est-ce qu'il y aurait là une stratégie du PS pour sauver la mise l'an prochain, avec le slogan "en votant PS, vous votez contre l'Allemagne et la grosse Angela" ? Je n'ose l'imaginer, mais en même temps, je me dis qu'au PS, tout est devenu possible, y compris le pire.

Le document et les prises de positions montrent clairement que sur le fond, le PS est à sec, faute d'avoir travaillé. On le savait déjà, mais c'est une démonstration éclatante qu'il n'y a plus de pensée politique structurée au Parti socialiste. L'indigence intellectuelle de ce document est sidérante, on est au niveau du tract militant dans une primaire cantonale. Aucune analyse, aucune perspective, aucune proposition. On sonne juste la charge contre des "méchants" en les accusant d'être responsables de ses malheurs et de sa propre impuissance politique. En clair, les socialistes cherchent à se dédouaner des résultats économiques de la France depuis qu'ils sont au pouvoir, en faisant porter la responsabilité de leur échec à notre principal allié européen. C'est de l'irresponsabilité complète. Cela viendrait d'un parti d'opposition, passe encore (quoi que...) mais là, ça vient du parti au pouvoir, et en plus, qui n'a pas encore un an d'exercice du pouvoir, et à qui il reste théoriquement 4 ans !

Par ce document, on voit que certains au Parti socialiste, et parmi les plus hauts responsables, font le choix de la fuite en avant idéologique. On voit aussi que l'emprise de François Hollande sur ses troupes est faible, voire inexistante. Etre le parti au pouvoir implique de faire attention à ce qu'on écrit, à ce qu'on publie. Et si certains peuvent ne pas vouloir respecter cette règle, il est du rôle du patron de leur faire entrer ça dans le crane, y compris en tapant. On pouvait reprocher beaucoup de choses à Sarkozy et à l'UMP entre 2007 et 2012, mais un truc comme ça ne serait jamais arrivé ! C'est bien d'être pluraliste, démocratique, d'avoir des débats "ouverts et sans tabous", mais quand on est au pouvoir, il faut parfois savoir mettre une sourdine et renvoyer certains débats à des temps ultérieurs (quitte à ce que ça pète à la gueule quand on soulève le tapis, une fois dans l'opposition).

Le pouvoir en place est en pleine déliquescence. Si des dérapages comme celui-ci se reproduisent, c'est l'explosion. On est en plein dans l'effet de souffle de l'affaire Cahuzac. Comme pour une bombe nucléaire, vous avez d'abord l'impact "classique" qui fait beaucoup de dégâts, puis après, vous avez les retombées radioactives, qui sont encore pire. On sent une panique chez les dirigeants socialistes, pris dans la nasse entre les scandales divers et variés, les chiffres du chômage qui sont catastrophiques, sans aucune perspective à long terme, avec un chef qui bat des records d'impopularité sans que l'on sache comment il peut rebondir. Le Parti socialiste est un navire mal conçu, qui n'a pas pris assez de vivres pour la traversée, qui se retrouve pris dans une tempête avec un capitaine qui n'assure pas, et surtout, ne rassure pas. L'image du capitaine de pédalo était vraiment prémonitoire. C'est exactement ça !