Cette après midi, BFM TV a diffusé une interview de Jérôme Cahuzac, la première depuis sa démission et son craquage. Je l'ai bien entendue regardée. Je n'y ai rien appris, sinon qu'il a pris la décision de démissionner de son mandat de député. C'est la seule information que l'on retire de cette interview, pour le reste, il déroule sa version. Il a fait du black, il y a 20 ans, et il s'est retrouvé coincé avec son boulet aux pieds, ne sachant pas s'en débarrasser. Il a donc essayé de le cacher, puis s'est enfoncé dans le déni. Puis, il a accepté de venir ministre du Budget, par ambition, par goût du pouvoir, parce que cela aurait été trop difficile de dire non. Tout cela est crédible, peut-être vrai.

Sauf que...

C'est trop beau, ça tombe pile comme il faut et ça s'emboite trop bien pour trop de gens. Déjà pour Cahuzac, qui n'avoue que de la dissimulation fiscale, mais pas de la corruption, comme certains le disent. Pour le président de la République, qui peut continuer à dire que c'est la faute d'un homme, et qu'en plus, il ne savait rien. Cahuzac bat sa coulpe, reconnait sa "faute morale", démissionne de son mandat et disparait du paysage et on tourne la page. Trop facile ! Et comment croire Cahuzac quand on revoit sa réponse aux députés, en décembre 2012, lors des questions au gouvernement ? Ce type n'a pas compris que sa parole n'a strictement plus aucune crédibilité, quand bien même il joue la comédie à la perfection, avec les trémolos d'émotion dans la voix.

Et puis ça pue tellement l'opération de communication. Ils ne s'en cachent même pas. On a le nom de celle qui a tout organisé, comme par hasard celle qui a traité le cas "DSK", dont la chute ressemble beaucoup à celle de Cahuzac. A chaque fois, un leader plein d'avenir (et de talent, il faut le dire) mais avec une "part d'ombre" qui amène à une "faute morale" dont les conséquences éclaboussent l'ensemble de sa famille politique. A chaque fois, cela se termine par une mise à l'écart, et une relative clémence judiciaire, et surtout, un rafistolage d'image mené à grand frais par les plus grosses boites de comm' de la place de Paris. Ce soir, trop de détails montraient qu'il n'y avait pas grand chose de spontané. Le choix de BFM et de RMC, comme par hasard ceux qui avaient trempé dans le première tentative d'esquive, avec le JDD. Un cahuzac bien bronzé, bien maquillé, et quoi qu'on en pense, sans doute parfaitement briefé et entrainé. Face à lui, un interviewer complaisant (pléonasme me direz-vous) qui lui permet de dérouler son discours sans la moindre relance gênante.

Le summum de l'indécence a été ce tapage fait autour de l'interview, dès le début de l'après midi, le gros teasing, les députés PS que l'on fait intervenir en direct de l'Assemblée avant même la fin de l'interview. Et, sur le plateau juste après, Nadine Morano pour commenter...

Dans l'affaire, les trois parties ont pensé pouvoir toucher leur bénéfice. Cahuzac a bénéficié d'un temps d'antenne pour faire son show sans contradiction, la communicante a montré qu'une fois de plus, elle est au coeur du système, qu'elle fait du "bon boulot" (elle va pouvoir augmenter ses tarifs) et les "journalistes" (j'ai honte de leur donner ce qualificatif) ont pu faire un pic d'audience, qui va faire grimper les tarifs pour les annonceurs. Tout le monde devrait être content, sauf que...

Faut pas nous prendre pour des imbéciles ! On commence à voir les opérations de comm', surtout quand comme cette fois-ci, elles ne se cachent même pas. On ne croit plus ce que dit le personnel politique, Cahuzac encore moins que les autres. On ne se fait aucune illusion sur la "déontologie" des médias, qui ont pour but exclusif de faire de l'audience, pour la monnayer auprès des annonceurs. Bref, ce soir, malgré les qualités de comédien de Cahuzac, malgré la crédibilité des explications de fond, je n'ai été convaincu de rien. Pire même, mes soupçons sont ravivés sur le fait qu'on se fout de ma gueule, et que les choses ne peuvent pas être aussi simples, qu'on nous enfume et qu'on nous cache des choses.

L'intervention de Cahuzac n'a rien arrêté, rien refermé. Le mal est beaucoup trop profond et les remèdes des agences de comm' ne sont plus efficaces. Un peu comme les antibiotiques, qui ne font plus d'effet, car les bactéries sont devenues résistantes. En général, c'est mauvais signe pour le malade, qui ici, est la démocratie française...