L'affaire Cahuzac secoue la classe politique et l'interpelle sur sa moralité, son "éthique". Un concours Lépine des "plus vertueux que moi tu meurs" est donc lancé, chaque groupe, chaque élu s'efforçant de gagner un peu de lumière médiatique. Carlotti vient de griller les Verts en publiant son patrimoine avant eux. François Hollande nous préparer, à ce qu'on dit, un texte qui ira loin, qu'il est en train d'écrire à la va-vite sur un coin de table pour qu'il sorte dans les temps médiatiquement utiles. Du coté du Sénat, un vice-président socialiste nous sort des conneries énormes, comme quoi les parlementaires ne devraient plus avoir de vie professionnelle en dehors du mandat.

Si seulement ils se rendaient compte qu'en faisant cela, ils s'enfoncent encore plus !

C'est comme l'enfant, pris les doigts dans le pot de confiture, qui jure avec des accents de sincérité larmoyant que "promis, il ne le refera plus" et qui pour montrer sa bonne volonté, propose de refermer le pot de confiture et d'aller lui-même le ranger dans le frigo.

Il ne faut pas prendre les gens pour des cons, et c'est pourtant visiblement ce qu'ils sont en train de faire, la droite n'étant pas meilleure que la gauche là-dessus !

La question de la moralité en politique a été posée dès 2010, avec l'affaire Woerth. Il y a eu un rapport, un projet de loi déposé... et jamais examiné. La Droite ferait donc mieux de se taire, ou avant de l'ouvrir, d'expliquer pourquoi ce projet de loi n'a jamais été mis à l'ordre du jour. Ca devrait en calmer un certain nombre ! A gauche, ce n'est pas mieux, car il me semblait avoir entendu dire pendant la campagne, de la part de François Hollande, qu'il s'attaquerait au sujet. En 10 mois, il n'a rien fait, alors qu'il aurait été très facile pour lui de faire redéposer le projet de loi existant et de le mettre à l'ordre du jour. Donc, pendant 10 mois, le gouvernement ne bouge pas le petit doigt sur ce sujet (redéposer un texte, ça prend 30 secondes) et d'un seul coup, il se réveille et il faudrait presque qu'une loi maximaliste soit votée dans la semaine, sans étude d'impact, sans réflexion préalable, le tout sous la pression d'un scandale médiatique. La pire façon de légiférer...

Bien entendu, les solutions proposées par les politiques sont médiatiquement "bankable" mais pas forcément les plus pertinentes pour répondre, sur le fond, à la vraie demande sociale. Que les déclarations de patrimoine des élus soient publiées, c'est très bien, mais c'est loin d'être suffisant. Ce qui compte, ce n'est pas le patrimoine, à la limite, on s'en moque. Ce qui est vraiment important, c'est la déclaration d'intérêts. Avec qui un ministre ou un parlementaire a-t-il des liens, de quelque nature que ce soit, qui peuvent lui faire préférer un intérêt privé à l'intérêt public qu'il est censé défendre ? Ensuite, publier une déclaration, sans sanctionner réellement le fait qu'elle soit mensongère, c'est faire la moitié du travail. En 2011, la précédente majorité a fait avancer le sujet, malheureusement pas assez du fait de la résistance de certains grands élus de droite, à commencer par Copé. Mais au moins, la loi actuelle permettra de sanctionner Cahuzac pour fausse déclaration de patrimoine.

Sur la question des "moutons noirs", ces élus condamnés qui cherchent à revenir, pourquoi vouloir une inéligibilité à vie ? Il ne dépend que des responsables des partis et des membre des commissions d'investitures, de ne pas investir ces anciens élus condamnés ! On le sait bien, un élu avec des casseroles, qui perd son investiture officielle, court de grands risques. Regardez donc Kucheida dans le Pas-de-Calais en 2012. Et si par hasard, ils sont quand même réélus, rien n'oblige les groupes politiques à les accepter en leur sein ! Cette demande d'inéligibilité à vie, c'est la reconnaissance que les élus n'ont pas les couilles de faire le ménage eux-même dans leurs rangs. Ils demandent donc à ce que la loi fasse le sale boulot à leur place...

La vraie moralisation de la vie politique passe bien entendu par la transparence, sur les éléments réellement pertinents, à savoir les activités et les intérêts des politiques. Leur patrimoine, on s'en moque un peu. C'est aussi la transparence de leurs décisions. Quand il y a des nominations, que la "short list" soit publiée (avant ou après la décision, peu importe), que le processus soit transparent, qu'il y ait des appels à candidature. On éliminera ainsi l'un des fléaux de la vie politique, le recasage.

Car le vrai fléau, au fond, c'est le manque de turn-over dans la classe dirigeante. Toujours les mêmes que l'on retrouve, qui se passent les postes, qui se recasent les uns les autres, pour permettre de passer un mauvais moment électoral, afin de revenir ensuite dans le circuit. Aucune loi ne pourra imposer cela, car cela relève de l'éthique. Il faut que la classe politique accepte, dans les faits et en pratique, que l'on est en politique pour une durée déterminée, et qu'il faut régulièrement renouveler les cadres. C'est comme cela qu'on évitera les dérives, qui arrivent immanquablement quand les mêmes restent trop longtemps aux affaires, que ce soit au niveau de l'Etat ou des collectivités locales. C'est de là que découlent les vrais dérapages, pénalement répréhensibles, mais aussi l'attribution (souvent l'auto-attribution) de privilèges et de passes-droits, qui sont autant de scandales pour la population, surtout en temps de crise.

Vous pouvez être à peu près certains que le texte que présentera François Hollande passera à coté de l'essentiel, car ce n'est pas avec une loi votée sous la pression, que l'on change les pratiques et les mentalités d'une classe politique qui n'a pas envie de changer. Cette loi va consister à lâcher du lest, histoire de pouvoir faire le gros dos, avant de reprendre les petites affaires comme avant...