Le Parti socialiste français est en état de choc après les aveux de Jérôme Cahuzac. On peut le comprendre. Pour la première fois de son mandat, François Hollande doit gérer un traumatisme émotionnel au sein de son parti et de sa majorité. Il doit absolument "réagir" face à l'opinion, sous peine de paraitre cautionner et finalement, ne pas trouver ça très grave. Ne rien faire, ne rien proposer après une telle déflagration serait une lourde erreur politique.

Le souci, c'est que l'affaire Cahuzac, c'est d'abord la faute d'un homme, qui a très probablement fraudé le fisc et planqué l'argent en Suisse, et qui ensuite, s'étant trouvé pris au piège, à choisi la fuite en avant. Il a estimé que ses accusateurs n'avaient pas les preuves suffisantes pour le faire condamner, et que c'était "parole contre parole". Il a perdu son pari et tout s'est écroulé pour lui. Quelles qu'aient été les lois en vigueur, elles n'auraient rien empêché. Les déclarations de patrimoine pour les ministres existent déjà, la justice est indépendante pour traiter ce genre de dossier et l'existence d'une inéligibilité à vie n'aurait rien changé pour Cahuzac, si ce n'est de le motiver à nier encore plus longtemps, c'est tout.

On est exactement dans le même cas de figure que Nicolas Sarkozy avec les joggeuses assassinées par des pervers récidivistes, où les annonces de projets de loi étaient destinées à répondre à l'émotion médiatique. Les peines planchers et la rétention de sureté n'empêchent pas de passer à l'acte, et tous les dispositifs de prévention existent, il suffit juste d'avoir la volonté de les appliquer réellement, c'est à dire en y mettant les moyens financiers et la volonté politique pour surmonter les résistances. Et encore, il y en a toujours qui arrivent à passer à travers les mailles du filet. Dans ces cas, annoncer, sous le coup de l'émotion médiatique, un renforcement de la loi, notamment pénale, c'est avant tout pratiquer une catharsis émotionnelle. Sur le fond, ça ne règle rien.

François Hollande avait beau dire qu'il ne pratiquerait pas les "lois faits-divers", c'est exactement qu'il vient d'annoncer ce matin : renforcement de l'indépendance de la justice, publication des patrimoines des élus et inéligibilité à vie des élus condamnés pour des affaires financières. Il copie à ce point Nicolas Sarkozy qu'il s'offre le luxe d'une mesure inconstitutionnelle dans le lot. Le droit constitutionnel prohibe les peines automatiques, et si une inéligibilité doit être prononcée comme sanction, c'est au juge d'en fixer la quotité, en sachant, en prime qu'une peine à vie ne serait pas constitutionnelle. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans le champ des délits, pas des crimes.

Ne jamais dire, Fontaine, je ne boirai pas de ton eau...