L'affaire Cahuzac est loin d'être terminée. Cet après midi, lors des questions au gouvernement, l'UMP, a mis le doigt sur le point qui fait mal pour Hollande et Ayrault. Depuis quand savaient-ils ?. Depuis le mois de décembre, Médiapart a lancé des accusations très explicites. Tout chef normal, a fortiori un chef d'Etat, s'inquiète de savoir si ce qu'un organe de presse affirme avec autant de certitude est vrai. Hollande et Ayrault ont à leur disposition des services qui peuvent avoir beaucoup d'informations, pour peu qu'on le leur demande.

En clair, soit Hollande et Ayrault savaient, pour Cahuzac, de quoi il en retournait, car ils ont eu tous les renseignements de la part des services secrets, qui sont justement fait pour ramener ce genre d'information, et on peut alors se demander pourquoi ils n'ont pas agit. Soit ils ne savaient pas, et alors, on peut réellement s’inquiéter sur leur capacité à diriger le pays. Dans les deux cas, ils sont pris en défaut, il n'y a que deux mauvaises réponses...

L'exercice du pouvoir est difficile. C'est même un sale boulot, dans lequel il est très compliqué de rester les mains propres. C'est la nature même du job qui veut ça. C'est partout pareil. A ce niveau de pouvoir, on est dans la jungle, où le but est de préserver les intérêts de son pays, de préserver sa position, tout simplement parce que si on se laisse bouffer, on devient impuissant et donc inapte à faire le job. Pour fréquenter depuis une décennie les coulisses du pouvoir, je sais comment ça se passe. Je n'ai pas eu à faire de "sale boulot" parce que je suis trop périphérique dans le dispositif. Mais j'ai vu faire, j'ai entendu, j'ai vu des "résultats" en ayant connaissance des tenants et aboutissants. C'est un job que je ne voudrais pas avoir à faire, qui n'est franchement pas ragoutant. Mais pourtant, il faut qu'il y en ait qui le fasse, parce que quand on gratte sous le vernis culturel, sous l'aspect "civilisé", on tombe vite sur "la bête", sur la loi de la jungle où le fauve se nourrit en tuant ses proies. Aujourd'hui, on veut pouvoir manger en ne voulant surtout pas voir comment est arrivée la nourriture qui est dans notre assiette.

C'est le grand problème de ceux qui sont dans le dispositif et voient comment ça se passe, et qui savent que c'est dans la nature humaine, et qu'il est difficile que ça se passe autrement. Comment l'expliquer à tous les bisounours qui sont en dehors du dispositif, qui veulent le beurre, l'argent du beurre, et que le cul de crémière soit nickel chrome. Ils veulent tout et son contraire, n'y connaissent rien, mais sont pétris de certitudes.

Bismarck disait "la politique, c'est comme les saucisses, quand on aime ça, mieux vaut ne pas trop regarder comment c'est fait".

La politique est un monde impitoyable, car plus on monte dans les échelons, plus ça marche au rapport de force et à la violence, car quand on enlève le vernis chez l'homme, c'est ça qu'on trouve. Il faut donc placer au pouvoir des personnes qui sont blindées, qui savent comment ça marche et qui ne font de cadeaux, car à ce niveau de pouvoir, on bouffe ou on est bouffé. C'est un constat, il n'y a plus de place pour les chochottes qui ont des scrupules.

La question qui se pose cruellement pour Hollande et Ayrault est celle ci : sont-ils à la hauteur ? Malheureusement, la réponse est prévisible, c'est non. Les gens normaux n'ont pas leur place à ce niveau de pouvoir. Seuls des tarés peuvent y survivre et réussir. Sarkozy avait la carrure pour ça, son grand tort est d'avoir cru possible de ne pas le dissimuler. Le traitement de l'affaire Cahuzac montre, si besoin en était, que la France est dirigée par des amateurs. Hollande aurait du demander toutes les infos depuis le départ, dès que médiapart avait sorti l'affaire, sans trop se préoccuper de la manière de les obtenir. Si à ce moment là, il s'avérait que Cahuzac mentait, il fallait le convoquer, lui mettre les preuves sous le nez, et l'amener à démissionner. Immédiatement, quitte à commettre l'erreur de virer un innocent. Un chef d'Etat ne peut pas se permettre de garder une telle épée de Damoclès. Dès le départ, on pouvait se douter que si Médiapart sortait l'affaire, c'est qu'ils avaient des billes, sinon, cela relevait du suicide.

Une fois de plus, François Hollande a mal joué, en voulant préserver la chèvre et le chou. Il a en fait perdu sur les deux tableaux. Il a viré Cahuzac, mais trop tard. La question de l'opposition, qui demande pourquoi il n'a pas tranché dès décembre, alors qu'il aurait pu avoir les éléments lui permettant de se faire une opinion, est légitime. Certes, en tranchant immédiatement et en virant Cahuzac dès le départ, Hollande prenait le risque de commettre une injustice, avec en plus la perte d'un élément moteur de son gouvernement. Aujourd'hui, il a été contraint de virer Cahuzac en perdant sur les deux tableaux, puisqu'il perd ce qu'il aurait perdu en virant Cahuzac dès décembre, tout ne gagnant pas ce qu'il aurait pu gagner en virant Cahuzac dès décembre. Malheureusement pour la France, c'est le trait de caractère de Hollande, ne pas savoir trancher à temps, ne pas savoir prendre des risques. Et le pire, c'est qu'on le savait, mais l'élection ne s'est pas joué sur ça, mais sur le rejet de son prédécesseur...

A un moment donné, la poussière caché sous le tapis ressort, les non dit émergent. C'est juste une question de temps...