J'aurais pu vous parler de l'intervention de François Hollande, mais en fait, il n'y a pas grand chose à en dire, et vous trouverez tout ce que vous voudrez là dessus ailleurs. Je préfère vous parler d'autre chose, de bien plus important à mes yeux, même si c'est moins glamour. Il s'agit des résultats de la représentativité syndicale.

En 2008, Sarkozy a mis en oeuvre une très importante réforme de la représentativité syndicale, une des réformes qui marquera son quinquennat avec la QPC. Avant 2008, il n'y avait que 5 syndicats de salariés à être considérés comme représentatifs, et ayant donc le pouvoir, en signant un accord avec les syndicats patronaux, de rendre cet accord valide (je fais simple). Cette représentativité était acquise une fois pour toute : aucun des 5 ne pouvait la perdre, par contre, aucun nouvel entrant n'était admis. Ces 5 étaient la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CGC. Ils bénéficiaient d'une véritable rente de situation, qui les amenaient à en vivre, sans trop se bouger, ce qui est sans doute l'une des raisons de l'état absolument minable du syndicalisme français.

En 2008, la droite a décidé que le représentativité résulterait des résultats d'élections professionnelles, organisées par l’État, qui auraient lieu tous les 4 ans. pour faire simple, il faut obtenir 8% des voix pour être considéré comme représentatif et donc être habilité à signer des accords professionnels. Les règles concernant la validité des accords a également changé. Avant, une seule signature, même si c'était celle de la CFTC, rendait l'accord valide. Désormais, il faut que les signatures au bas de l'accord pèsent 30% et qu'en face, il n'y ait pas un opposition pesant plus de 50%. Le pourcentage de chaque organisation concernant ce calcul de validité est obtenu au terme de calculs compliqués, qui reflètent largement mais pas complètement le nombre de voix obtenus aux élections professionnelles. En clair, un accord signé par la seule CFTC, mais suscitant l'opposition de tous les autres, ça ne passe plus, et on n'est représentatif que pour 4 ans, avec des élections. Donc il faut se bouger un peu les fesses...

Les premiers résultats de la nouvelle représentativité viennent de tomber. Ils sont valables pour les 4 prochaines années. Ils sont très intéressants. Les 5 qui étaient là avant conservent leur représentativité. Voici le "poids" de chaque syndicat : la CGT obtient 30,62%, la CFDT (29,74%), FO (18,23%), la CFE-CGC (10,78%) et la CFTC (10,63%).

A mes yeux, l'équilibre est parfait. La CGT est la seule à pouvoir signer sans avoir besoin du soutien d'un autre, ce qui peut l'amener à faire évoluer sa culture interne vers davantage de compromis. C'est quand même très intéressant dans les équilibres entre syndicats d'avoir cette arme qui permet de valider seul un accord, en obligeant les autres, s'ils ne sont pas contents, à se coaliser. Peut-être que cela pourrait amener la CGT à signer davantage d'accords. A l'inverse, je suis très content que le CFDT soit juste en dessous de la barre des 30%, et doive obligatoirement trouver un allié, car à l'inverse de la CGT qui ne signe rien, je trouve que la CFDT signe trop, et parfois un peu n'importe quoi. Il y aura donc désormais un garde-fou. On a un renforcement de la duopolisation du paysage syndical, car à moins d'une improbable coalition FO-CFTC-CGC, seules la CGT et la CFDT sont des partenaires pour les syndicats patronaux. Le résultat est également très intéressant d'un autre point de vue. La CGT+FO, c'est à dire le front habituel du refus des accords, c'est 48,85% donc moins de 50%. Pour bloquer un accord national, il va falloir que la CGT et FO rallient à leur position, soit la CGC, soit la CFTC...

A l'issue de ces élections, on a donc clairement deux syndicats majeurs, sans lesquels rien ne peut se faire. Mais aucun des deux ne peut agir sans l'aide d'un "petit" syndicat, la CFDT pour signer, la CGT pour bloquer. Paradoxalement, les plus grands vainqueurs sont la CGC et la CFTC. Alors que ces syndicats pouvaient avoir des doutes sur leur survie (il fallait faire 8%, la CGC fait 9,43% et la CFTC 9,30%), il se retrouvent en arbitres. Rien ne peut se conclure sans eux, rien ne peut être bloqué sans eux, en cas d'opposition CGT-CFDT.