Jean François Mancel vient d'être réélu député de l'Oise. Il a battu la candidate du FN, au deuxième tour (la socialiste a été éliminée dès le premier tour) de 789 voix. Autant dire pas énorme, même si ça met à l'abri d'une contestation, comme ce fut le cas pour l'élection de 2012, où Mancel n'avait gagné que de 68 voix. Ce résultat est pourtant loin d'être surprenant, même s'il est inquiétant.

La circonscription de Mancel, et le département de l'Oise globalement, sont plutôt un bon terrain pour le FN, entre rural et très grande banlieue parisienne, avec pas mal de cités qui craignent. Le FN y est habitué aux bons scores, et en 2012, Mancel a gagné en triangulaire. Que la candidate FN y fasse un bon score n'est pas franchement surprenant. Elle a cette fois ci été aidée par le fait que c'est une élection partielle, qui mobilise peu. La clé du succès est de mobiliser son électorat mieux que les autres, et contrairement à ce qu'on pense, même si c'est un vote protestataire, l'électeur FN se mobilise, car c'est pour lui l'un des rares moyens de faire entendre son désespoir (enfin il le croit). Par contre, pour mobiliser l'électorat du camp qui a été éliminé au premier tour, c'est plus compliqué. Enfin, mais je n'apprend rien à personne, la conjoncture économique et le climat social sont très porteurs pour le FN. Tout était réuni pour faire un bon score.

Mais il n'empêche que c'est inquiétant, surtout quand on compare les chiffres entre les deux tours. Mancel fait 11 073 voix au premier tour, 13 909 au deuxième. La candidate FN, c'est 7249 au premier tour et 13 120 au second. Elle gagne près de 6000 voix entre les deux tours. On peut se demander d'où viennent ces voix. Mancel ne gagne que 2836 voix entre les deux tours, quand la candidate socialiste faisait 5828 voix au premier tour, la candidate Front de gauche 1811 et une candidate d'extrême gauche 428. Ça fait 8067 voix bien marquées à gauche. Où sont passées c'est 5231 voix de gauche qui ne se sont pas reportées sur le candidat UMP, comme cela avait pourtant été demandé par les responsables nationaux du PS ? Certes, une partie d'entre eux a pu choisir de rester à la maison, et ont été compensées, dans les chiffres de participation, par des abstentionnistes du premier tour. Mais ça ne fait le compte pour autant. Il faut bien se rendre à l'évidence, des électeurs qui ont voté à gauche au premier tour, ont voté FN au deuxième. Et dans une proportion non négligeable (ce que confirme Joel Gombin qui a "mouliné" les chiffres bureau par bureau).

Cela éclaire d'un autre jour les commentaires parisiens, et les cris d’orfraies des "braves socialistes" qui couinent quand une trentaine de députés UMP applaudissent à une intervention de Marion Maréchal, et qui cherchent la moindre petite chose pour prouver une collusion entre le FN et l'UMP. Sur le terrain, des électeurs de gauche votent FN dans un duel UMP-FN. J'attends leurs réactions, et je pense que je peux attendre longtemps. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence, le FN est un objet politique mutant, qui est de moins en moins d'extrême droite au sens "facho" et de plus en plus un parti "poujadiste" qui fait dans le protestaire pur, en surfant sur les thèmes qui inquiètent l'électorat. Ils peuvent donc de plus en plus piocher à gauche, chez des populations qui souffrent de la crise, et qui désespèrent des actuels dirigeants, qui ne font pas une politique différente de leur prédécesseurs. on peut comprendre le pauvre précaire ou quasi-précaire de l'Oise, qui voit les usines fermer, et à qui on ne parle que "mariage pour tous" et cumul des mandats, et qui comprend que Montebourg, malgré ses gesticulations, n'arrive à rien. Pour lui, le changement, c'est pas maintenant. Ce vote protestataire n'est pas nouveau, ce qui change, c'est que la digue semble rompre là où on ne s'y attendait pas, dans l'électorat de gauche...

C'est, le crois, le grand enseignement de cette partielle. Le FN est certes un danger électoral pour l'UMP, mais il l'est aussi pour le PS et c'est le vrai danger, car si l'UMP sait à peu près gérer la rivalité avec le FN et que les positions sont relativement stabilisées, le PS n'est pas du tout armé pour ça. On va sans doute avoir une réaction "à l'autruche", la tête dans le sable et niant qu'il y ait un problème. Jusqu'à ce que le PS se prenne une taule aux élections locales car une partie de leurs électeurs ont basculé au FN dès le premier tour.