Nicolas Sarkozy vient d'être mis en examen pour abus de faiblesse dans le cadre de l'affaire Bettencourt. Cela soulève une série de réactions à droite que je trouve parfaitement débiles, même si elles ne me surprennent pas. Le juge d'instruction a fait son travail, en instruisant une plainte pour des abus de faiblesse commis sur une vieille dame riche qui n'avait plus toute sa lucidité, et qui s'est fait soutirer de l'argent par des gens sans scrupules. Nicolas Sarkozy est au nombre de ces personnes qui sont venus demander de l'argent et sont vraisemblablement repartis avec une enveloppe bien garnie. Apparemment, il est loin d'être le seul à avoir bénéficié de cette manne, qui a arrosé les partis politiques (de tous les bords sans aucun doute) depuis des décennies. Sauf qu'il est arrivé tout à la fin, quand Liliane commençait être un peu trop généreuse avec des proches qui étaient de véritables margoulins. Et comme Sarkozy ne passait pas inaperçu (il a tout fait pour) on se souvient de son passage, et il se retrouve donc embarqué dans l'affaire. Pas de bol...

Les prises de position de certaines personnes politiques de droite sont sidérantes.

Le premier prix revient, sans contestation, à Christine Boutin, qui ne voit pas où est le problème. Le financement de la vie politique, et donc des campagnes électorales, est un sujet sur lequel on peut prendre des distances avec la loi. Ben voyons ! Voilà une preuve éclatante de la distance entre la classe politique et le reste de la population. Qu'elle trouve que le plafond des dépenses de la présidentielle soit trop bas est une opinion que je peux parfaitement recevoir et partager. Par contre, elle ne doit pas se rendre compte de ce qu'elle dit quand elle affirme que cela autorise les candidats à tricher sur ce sujet. Qui a fixé le fait qu'il existe un plafond des dépenses de campagne ? Qui a fixé ce plafond ? C'est la loi, donc les parlementaires ! S'ils trouvent que cela pose problème et ne convient pas, qu'ils changent la loi ! Mais admettre avec autant de candeur qu'on peut à la fois fixer la loi et s'en affranchir est une contradiction qui montre que Christine Boutin a bien fait de dételer et de prendre sa retraite politique !

Autre réaction choquante, celle qui consiste à dire que Sarkozy n'a rien fait, que c'est un complot, bref, à chercher à l'exonérer de toute responsabilité et de toute faute. Là, on est dans le réflexe militant "on ne touche pas au chef", et même s'il est en tort, on le défend quand même. Là encore, même si cette position a sa logique interne, vis-à-vis des français, c'est désastreux ! Nicolas Sarkozy n'est pas au dessus des lois, et s'il a commis des délits ou des crimes, il doit être sanctionné comme n'importe quel citoyen. Les français n'acceptent plus aujourd'hui la moindre immunité pour qui que ce soit, et là encore, Christine Boutin se plante dans les grandes largeurs en demandant à ce que la classe politique dans son ensemble, bénéficie d'une immunité pénale. Je pense que bien des membres de la classe politique, notamment les plus anciens, n'ont pas franchement intégré à quel point ce sujet est sensible. Que Sarkozy soit mis en examen s'il est impliqué dans un dossier pénal, c'est juste normal, ni plus ni moins que pour un citoyen ordinaire qu'il est redevenu. Crier au complot des juges ou à je ne sais quel acharnement pour tenter de disqualifier cette mise en examen est non seulement ridicule, mais porte un préjudice grave à l'ensemble de la classe politique.

Nicolas Sarkozy n'est plus président de la République, il est redevenu un citoyen ordinaire (et je souhaite vivement qu'il le reste jusqu'à la fin de ses jours). Il doit donc être traité comme tel et se voir appliquer par la justice le même traitement que les autres citoyens ordinaires. Faire de la politique et avoir été ancien président de la République ne permet pas d'être au dessus des lois. S'il y a bien une demande sociale forte, c'est bien celle de l'égalité et du refus des privilèges et immunités pour "les élites" (surtout en période de crise économique profonde). Il va falloir que l'ensemble de la classe politique se mette bien ça dans la tête. Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Et après, ces mêmes élites vont pleurer sur la montée de Marine Le Pen ! On récolte ce qu'on sème...