Les catholiques ont un nouveau pape, j'en suis heureux pour eux, en plus, il a l'air de leur plaire. Cela dit, n'importe quel cardinal élu leur aurait plu, et puis ils n'ont pas le choix, de toute manière, puisque l'église catholique n'est pas une démocratie (même si l'élection du pape est parfaitement démocratique). En tant que protestant, je ne suis pas directement concerné, mais vu le poids des catholiques, je suis forcément impacté par cette élection et par la tournure que François donnera à son pontificat.

Pour le moment, je n'ai pas grand chose à dire sur le bonhomme, sinon qu'il a une bonne tête et a l'air plutôt sympathique. On le dit d'une grande simplicité, sans faste, proche des gens et accessible. Vu des protestants, c'est un très très bon point. On peut même dire que d'emblée, on se sent proche de lui, tant ce refus de la pompe romaine (il est apparu en simple soutane blanche au balcon et a refusé la voiture avec chauffeur) augure d'une manière de "vivre l'institution" qui colle avec l'éthique protestante. On verra comment cela va se traduire dans sa manière de "réformer" la Curie, sujet sur lequel il semble attendu et qui apparait être un élément important de cette élection. Mais au moins, ça change de son prédécesseur, qui aimait beaucoup l'hermine et les somptueux vêtements liturgiques.

Sur le plan purement théologique, il semble être très classique, à savoir anti-mariage homo, anti-avortement, anti-mariage des prêtres. Bref, un prélat catholique "ordinaire". Rien de bien surprenant, tant on imagine mal qu'un profil autre puisse arriver jusqu'au conclave. Le temps où Jacques Gaillot était nommé évêque est révolu depuis très longtemps. Cela ne me dérange pas tant que cela, n'étant pas catholique, je ne suis pas engagé par les prises de positions théologiques des papes. Étant un fervent partisan du pluralisme religieux, j'admets tout à fait que certains puissent penser autre chose que moi, je n'ai pas la prétention de détenir la Vérité (qui à mes yeux, n'existe pas). Cela peut avoir un impact en cas de raidissement, car on va être encore obligés d'agrandir nos temples, pour accueillir le flots d'anciens catholiques qui nous rejoignent. Sur ce plan, je n'ai pas d'éléments me permettant de savoir ce qui va advenir avec le pape François, alors que pour Benoit XVI, on voyait venir de loin.

Le véritable impact que pourrait avoir ce pape sur les protestants ne tient donc pas à sa manière de gérer l'institution "église catholique" ou à ses positions doctrinales et théologique (qui pour autant, peuvent être intéressantes à étudier, comme ce fut le cas pour Benoit XVI). Elles tiennent à ses relations avec les autres confessions chrétiennes. On ne lui demande pas de devenir protestant, mais on se réjouira s'il fait des efforts pour appuyer sur les convergences, pour prendre des positions dans la forme ou sur le fond qui soient acceptables pour tous, catholiques comme protestants. Surtout, on lui demande de nous respecter et d'éviter de nous traiter de "communauté ecclésiale" avec le sous-entendu que les protestants sont inférieurs en dignité par rapport aux catholiques.

Contrairement à 2005, où l'apparition de Ratzinger au balcon n'a suscité chez moi aucun espoir, cette fois ci, je me dis que ce nouveau pape pourrait n'être pas si mal. S'il arrive à ne pas se faire capturer par l'institution dans ce qu'elle a de plus immobiliste et rétrograde. Là encore, au vu de ses premières réactions, on peut espérer que le nouveau pape saura rester sur l'essentiel, à savoir le message évangélique et l'attention aux autres (Protestants compris...).