Le dernier livre de Marcela Iacub, à propos de DSK, est l'exemple même de ce que j'appelle de la merde littéraire. L'auteur est un femme qui vit par et pour le système médiatique, officiellement juriste et chercheuse, mais davantage chroniqueuse et invitée de plateau télé et pondeuse de merde littéraire. Pour cela, elle prend des positions extrêmes, qu'elle sait choquantes pour la société. Cela lui permet de positionner en "avant-garde" et en intellectuelle, ce qui relève de la posture et surtout de l'imposture. En plus, ses bouquins sont horriblement mal écrits. Rien que le style, ça arrache les yeux et donne envie de mettre le bouquin à la poubelle. Il faut vraiment être masochiste pour lire ça, surtout qu'en terme de "fond", c'est le vide sidéral. Il n'y a aucune pensée structurée, juste du gloubi-boulga bien enrobé. Ce livre tombe en plus dans la bassesse la plus ignoble, car il est le fruit d'une trahison préméditée. Même si DSK n'est pas le type le plus reluisant moralement, il ne mérite pas qu'on lui fasse cela. Aucun être humain ne mérite cela.

Cette merde littéraire est produite par un système, où l'auteur n'est qu'un rouage. Il y a aussi l'éditeur et le dispositif de promotion (parfois appelé "la Presse" et "l'audiovisuel"). Tous sont complices, main dans la main, pour proposer au public d'acheter le produit. On ne demande pas de le lire, juste de remplir les caisses de l'éditeur (qui assure la redistribution aux autres maillons de la chaine). Pour Marcela Iacub, c'est le Nouvel Obs qui s'est chargé du lancement et de la promo. Le "critique littéraire" nous survend ce qui n'est qu'une merde, mais c'est son métier. Le patron en rajoute en prétendant que livre est incontournable, que c'est un évènement. Bref, que son canard se devait d'assurer la promotion commerciale de cette merde, car c'est un moyen intéressant pour lui d'augmenter ses ventes.

Le système est bien rôdé, et tous trempent dans les mêmes combines. Les indignations des "confrères" sonnent tellement faux sur cette affaire, car eux aussi sont partie prenant d'un système, quand ils publient les "bonnes feuilles" d'autres merdes (peut être moins abjectes), quand ils en font de belles critiques, quand ils les invitent sur les plateaux télé, dans les émissions de radio. Et après ils s'étonnent de leur discrédit, d'avoir des problèmes économiques... Moi je ne suis pas surpris. Je n'ai pas la télévision, je n'écoute pas la radio, j'ai cessé de lire les hebdomadaires, je passe devant le rayon "littérature française contemporaine" dans m'arrêter car le produit ne correspond pas à mes attentes, et que les quelques contenus qui pourraient m'intéresser quand même sont tellement noyés dans un flot de nullités que je ne me donne pas la peine de faire le tri. Les responsabilités ne sont pourtant pas les mêmes.

A la limite, c'est à l'auteur que j'en veux le moins. La liberté d'expression implique le droit de dire n'importe quoi et d'écrire des merdes. Si l'auteur trouve un éditeur qui accepte ses merdes, tant mieux pour lui. Heureusement, ils sont une infime minorité à trouver un éditeur.

Par contre, j'en veux profondément aux éditeurs. Si, comme le dit Aurélie Filippetti, c'est l'éditeur qui fait la littérature (ce en quoi elle n'a pas complètement tort) je pleure en regardant ce que les éditeurs ont fait de la littérature française. Il y a 50 ans, les controverses littéraires étaient entre Sartre et Aron. Aujourd'hui, c'est entre Iacub, Angot et Beigbeider, avec Houllebecq qui fait figure d'aigle surplombant ce marigot insalubre. Mes pleurs se transforment en colère quand je regarde la montagne d'argent public que les éditeurs arrivent à capter, sur la base de leur rôle "culturel". Que mes impôts aillent combler les trous de gestion de ces producteurs de merde littéraire, ça me fait mal. Si encore les résultats "culturels" étaient là, que la France décrochait autant de prix Nobel de littérature qu'elle a de médailles Fields, je ne dirais rien. Mais on en est très loin, et au contraire, très régulièrement, les signaux qui nous sont envoyés de l'extérieur sont alarmants pour la littérature français, qui n'est plus, sauf exception, traduite et diffusée hors de la sphère francophone.

J'en veux encore plus aux "journalistes" qu'ils soient de presse écrite ou de l'audiovisuel, qui sont littéralement vendus au commerce, et passent leur temps, à longueur d'article ou d'émission, à ne faire que la promotion commerciale des dernières productions de l'industrie culturelle. Qui voit-on à la télé, qui est invité dans les radios ? Ceux qui ont quelque chose à vendre ! Celui qui dit n'importe quoi et celui qui dit des choses réellement intelligentes sont traités exactement de la même manière, sans qu'il soit possible, pour l'auditeur ou le spectateur, de faire la part des choses sur le plan qualitatif. Quand on écoute les discours de la profession sur elle-même, où le modèle mythique, c'est Albert Londres, on ne peut que constater le gouffre entre l'idéal et le réel, qui confine à la trahison. Là encore, qu'il y ait dans le lot quelques journalistes réellement sincères et de valeur ne suffit pas à sauver un système structurellement vérolé. Le pire échec est celui du "service public" qui justement, a les moyens (plus ou moins) d'échapper à l'obligation de se transformer en passe-plat des industriels de la "culture".

Le cas "Marcela Iacub" permet de mettre en exergue à quel point tout le dispositif est pourri, et malheureusement irrécupérable...