Ce week end, un homme a assuré le spectacle médiatique en se retranchant sur une grue, à Nantes. Séparé de la mère de son enfant, il se plaint de ne pas avoir un droit de visite à la hauteur de ce qu'il estime lui être du. Aussitôt, les politiques lui proposent des rendez-vous, et prennent position sur le sujet.

Cela a le don d'agacer certains, car la figure emblématique de cette action est bien mal choisie. Ce billet de blog est particulièrement intéressant à lire, car révélateur de l'incompréhension d'un juriste face au fonctionnement des politiques. Oui, le papa de la grue n'est pas franchement bien placé pour réclamer quoi que ce soit concernant la garde de son enfant, et en regardant le dossier, n'importe quelle personne sensée lui refuserait tout droit de garde. Mais ce n'est pas vraiment de lui qu'il est question pour les politiques, mais bien du cas général, celui des pères qui s'estiment "discriminés".

La discrimination, l'atteinte à l'égalité, c'est LE crime du XXIe siècle, l'abomination contre laquelle il faut lutter. Dès qu'un groupe un tant soi peu organisé se présente comme "discriminé" et qu'il trouve un accès aux médias, les politiques se doivent de s'emparer du sujet, car immanquablement, il trouve un écho dans la population. Que la personne visible dans les médias soit correcte ou pas, ce n'est pas le sujet pour les politiques, et c'est là une différence majeure d'appréciation entre le magistrat ou l'avocat, habitués à ne traiter que des cas particuliers, et le politique, qui ne voit que la question générale.

Il se trouve, en dehors de toute connexion avec une réalité objective, que la population estime que la garde des enfants est trop systématiquement attribuée à la mère en cas de séparation. Donc que les pères sont discriminés. Vous pouvez, comme le fait très bien Gilles Devers, prouver le contraire à coup de statistiques, cela ne sert à rien, car vous allez contre une passion bien française, celle de voir des inégalités partout, de tout analyser par cette grille de lecture. Quand on a un cas comme celui là, on n'analyse pas, on prend parti, en général pour celui qui se dit discriminé. Les politiques ne font que prendre acte de cela, et réagissent en conséquence, car c'est leur rôle que d'exprimer, en tant que représentants, les émotions et passions de leurs concitoyens. Des élus qui ne seraient pas en phase avec leurs mandants ne resteraient pas longtemps en poste.

Les réactions des politiques sont donc parfaitement compréhensibles, mais également très mesurées. Quand on écoute bien, c'est beaucoup de belles paroles mais bien peu d'engagements. La seule promesse réelle, c'est une séance de calinothérapie à Matignon, en échange d'une sortie de crise, c'est à dire pour que le type descende de sa grue et que les caméras aillent voir ailleurs. Qu'ensuite, la rencontre ne débouche sur rien, c'est possible, voire probable car les caméras (sauf exception) assurent rarement le suivi sur le long terme.

Le gros problème, magnifiquement illustré par Gilles Devers, c'est que chaque groupe ou catégorie pense que sa position est la seule juste, et ne comprend pas que les politiques ne la suivent pas. Ils ne se rendent pas compte que tout le monde vient trouver les politiques avec des positions contradictoires sur un même sujet, et que le politique doit faire une synthèse, ou au moins, trouver un équilibre acceptable pour une majorité. Dans cette affaire, la réponse immédiate a été de répondre à une émotion médiatique. Et on ne le fait pas avec des arguments rationnels de juristes. C'est dans un deuxième temps, quand il faudra trouver des solutions concrètes aux problèmes soulevés que les juristes pourront s'exprimer et sans aucun doute être entendus. Mais chaque chose en son temps.