Je dois avouer une très profonde indifférence vis-à-vis de la démission de Benoit XVI. Alors que les catholiques que j'ai pu croiser depuis ce midi sont un peu "sous le choc", moi, ça ne me fait ni chaud ni froid. C'est vraiment une affaire de cuisine interne pour catholiques. Il est vrai que c'est une démission, pas un décès, et qu'en matière de charisme, Benoit XVI n'a pas grand chose à voir avec son prédécesseur. Rien de comparable donc avec la disparition de Jean-Paul II.

Ce départ est assez conforme à la personnalité de Benoit XVI, un homme intelligent et soucieux de bien exercer sa charge, mais sans charisme. Il a l'intelligence de comprendre qu'il n'a plus rien à apporter, et que ses forces allant déclinant, on va entrer dans une phase de "fin de règne" délétère. N'ayant pas la capacité à "transcender" son déclin, comme a pu le faire Jean-Paul II (sans éviter l'effet fin de règne au sein de l'institution) Benoit XVI choisit de s'effacer pour le bien commun. Une attitude finalement assez en phase avec l'esprit protestant, où c'est le message qui compte, pas son porteur, et où nul n'est irremplaçable. Cette décision était sans doute nécessaire aussi par le besoin de faire émerger une nouvelle génération. Benoit XVI est un contemporain de Jean-Paul II et c'est finalement la même génération qui est restée au pouvoir de 1978 à 2013, sans doute trop longtemps. En restant en place jusqu'à sa mort, qui pouvait se faire attendre quelques années, vu les progrès de la médecine, Benoit XVI aurait complètement sacrifié la génération suivante. L'institution aurait été obligée soit de sauter une génération en élisant un pape quinquagénaire, qui aurait le temps devant lui, mais en frustrant la génération oubliée, soit de ne pas le faire en élisant un septuagénaire qui n'aurait plus l'énergie et la durée devant lui.

L'évènement n'est donc pas la démission de Benoit XVI mais l'élection prochaine de son successeur. Pour le choix de la personne, mais aussi de la ligne "politique" et religieuse. Pour une fois, les cardinaux sont prévenus trois semaines à l'avance, avec un calendrier fixe. Pas besoin d'attendre que le titulaire de la charge veuille bien mourir sans trop trainer, pas de décès-surprise comme pour Jean-Paul 1er. On va voir qui va se présenter au balcon. Personnellement, je connais trop mal ce petit milieu des hautes sphères catholiques pour me risquer à un quelconque pronostic. J'attends donc de voir, sans en espérer grand chose sur le plan religieux.