Les récents débats sur le mariage pour tous ont généré une importante activité liée sur twitter, au point que cela a eu des répercutions sur les débats parlementaires. Aussitôt, le débat a été lancé sur le thème "faut-il laisser les députés twitter", avec des réflexes pavloviens habituels et sans le moindre recul. La question est pertinente, mais jusqu'ici bien mal posée.

On n'empêchera pas les députés, et encore moins les citoyens de twitter sur les débats parlementaires, qui sont publics. Prétendre le contraire relève de l'idiotie pure. La vraie question est donc de savoir comment faire avec, car il y a clairement des pratiques et un code "de bonne conduite" à mettre en place. L'outil n'est pas nouveau, ses répercutions sur le travail parlementaire non plus, mais c'est la première fois que cela interfère avec la séance publique. Un palier a été franchi, ce qui devait bien arriver à un moment ou à un autre. Pas de surprise finalement, reste à savoir comment gérer cela. La réflexion doit partir du rôle de l'Assemblée, et de voir en quoi les réseaux sociaux, et Twitter notamment, peuvent avoir une influence négative ou positive. Deux points ressortent.

L'Assemblée est composée de représentants, c'est à dire de personnes qui ont un mandat, et qui entre deux élections, l'exercent comme ils l'entendent, sans avoir à suivre de quelconques instructions. C'est la très classique opposition entre le mandat représentatif et le mandat impératif. La démocratie française a été conçue sur le modèle représentatif, avec un rejet très fort du mandat impératif, où le mandataire est tenu par les instructions des mandants. Le souvenir des débordements révolutionnaires, où la pression du public, dans les tribunes, faisait prendre aux députés des décisions, est resté très fortement imprégné dans les esprits des responsables des institutions parlementaires. Ce n'est pas par hasard que le public qui assiste aux séances des assemblées ne doivent quasiment pas bouger, et rester absolument neutres. Twitter, c'est un moyen pour le public de réagir à ce qui se dit dans l'hémicycle, avec une transmission directe aux députés, comme s'il s'agissait de cris, d'exclamations ou d'applaudissements en provenance directe des tribunes du public. D'où la frilosité et les craintes vis-à-vis de Twitter.

Le deuxième sujet est sur la qualité de la délibération. Une assemblée, c'est un lieu où plusieurs personnes se réunissent pour, non seulement échanger, mais faire en sorte que de cet échange, découle une décision. Parfois, c'est joué d'avance et la décision est sans surprise, parfois, les échanges font évoluer les positions et ont une influence substantielle sur le contenu de la décision. Pour cela, il faut qu'il n'y ait qu'un orateur à la fois, écouté par tous. Bref, un seul fil de discussion. Or, avec Twitter, ce sont plein de discussions parallèles, d'apartés qui se mettent en place, ce qui peut nuire à la qualité de la délibération. Si un député à quelque chose de pertinent à dire, il doit le faire dans le cadre de la délibération dans l'hémicyle, pas sur twitter.

Twitter n'est qu'un outil. Tout dépend de l'usage qui en fait, du contexte dans lequel il est utilisé. Comme à chaque fois, les débuts sont difficiles, puisque l'on ne voit les limites qu'une fois qu'on les a franchies. L'important est donc de rappeler les bases du travail parlementaire, ce qui ne sera pas un mal, car cela permettra (je l'espère) une réflexion de fond sur ce qu'est "être parlementaire" et sur le rôle exact des assemblées. Ce n'est qu'une fois cela explicité que l'on trouvera, assez naturellement, les limites et l'utilité de l'outil. Je fais confiance aux parlementaires et à ceux qui gravitent autour d'eux pour trouver le bon équilibre. Bien utilisés, les réseaux sociaux ne peuvent que bénéfiques pour la démocratie, et notamment pour la démocratie parlementaire.