Lors de ses voeux au conseil constitutionnel, le 7 janvier 2013, François Hollande a annoncé une première réforme constitutionnelle, avec une série de sujets consensuels, qui devraient réunir les trois cinquièmes des voix : renforcement de l'indépendance du conseil supérieur de la magistrature, et de ses compétences sur les nominations des hauts magistrats, fin de la cour de justice de la République, aménagement du statut pénal du chef de l'Etat, reconnaissance du rôle des partenaires sociaux, fin de la présence des anciens chefs d’État comme membre de droit du conseil constitutionnel. A priori, ces petites bricoles font consensus, ou apparaissent bien difficile à contester pour l'opposition. Qui serait contre un renforcement de l'indépendance de la justice ?

Ce choix est en fait un renoncement de la part de François Hollande, qui enterre tout le reste, et notamment le droit de vote des étrangers, l'inscription de la loi de 1905 dans la Constitution, la suppression du mot "race". François Hollande n'a pas les trois cinquième au Congrès (députés et sénateurs réunis). Il faut 555 voix, il a 515 voix de gauche (communistes inclus). Il lui faudrait récupérer tous les centristes, quelques UMP et n'avoir absolument aucune défection dans son camp. Donc, l'UMP a clairement un droit de veto sur les réformes constitutionnelles, et ce ne sont pas les sénatoriales de 2014 qui pourraient changer cela (vu que la gauche risque de perdre des sénateurs plus que d'en gagner). Hollande prend acte de cet état de fait. Il n'a pas le choix. Il fait donc un paquet constitutionnel avec tout ce qui convient à la droite, et après, c'est fini...

Ou alors, il reste une option, mais aléatoire : le référendum. La procédure de révision parlementaire prévoit que, à l'issue d'une adoption par l'Assemblée nationale et le Sénat, le texte est soumis, soit au Congrès, soit à référendum. C'est la procédure qui a été suivie pour le quinquennat en 1999. Mais la voie est bouchée, car il ne sera pas possible de faire plusieurs réfrendums. Il faudra que François Hollande fasse passer toutes ses réformes en bloc, avec un seul référendum. Si, dans ce "forfait", il y a le droit de vote des étrangers, ce serait un référendum à très haut risque. A trop haut risque sans doute.