Ces derniers jours, deux ministres ont donné un exemple magnifique de gesticulation en matière de communication, croyant que leur job consiste à gesticuler dans les médias pour faire croire qu'elles agissent, en convoquant les différentes parties, afin de se placer au centre du dossier. On dirait, à s'y méprendre, que c'est du Sarkozy dans le texte. Les deux risquent de se prendre des retours de bâton bien méchants, car elles se sont aventurées sur des terrains qu'elles ne connaissent pas, avec des annonces qu'elles ne sont pas forcément capables de tenir (comme Sarkozy avant elles).

La première est Najat Vallaud-Belkacem, qui a fait tout un foin autour des hashtags bêtes et méchants que l'on a vu dernièrement sur Twitter. Elle s'est immédiatement fendue d'une campagne médias, avec tribunes dans les journaux, pour nous dire que Twitter devait appliquer la loi française, et donc filtrer les messages pour en éliminer ceux qui sont jugés "inconvenants". On retrouve ici la bonne vieille gauche morale, celle qui pétitionne plus vite que son ombre et qui est toujours prête à dénoncer et à s'indigner, de préférence de manière visible dans les médias. Du coté de ce milieu, Najat Vallaud-Belkacem a réussi une belle opération, avec ça et le mariage pour tous, elle est la chouchoute de la gauche sociétale. Par contre, sur le terrain du concret, ça patine dur. Notre bonne ministre a voulu convoquer Twitter, mais comme l'entreprise n'a personne en France (pour l'instant), elle n'a pas trouvé d'interlocuteur. Sa belle réunion a donc été "reportée" sine die. Cela s'appelle un enterrement de première classe, car une fois que l'affaire aura été oubliée (à moins que le phénomène ne continue) la ministre n'aura plus aucun intérêt à provoquer cette réunion, puisque son impact médiatique sera faible. Ce qui compte, c'est de pouvoir apparaitre comme résolvant le problème quand l'attention médiatique est encore là. Raté pour cette fois. Et c'est peut-être mieux pour la ministre, car elle n'a aucune prise sur Twitter...

Le seconde est Fleur Pellerin, qui a réagi au quart de tour sur les modifications apportées par Free au fonctionnement de sa box. Le jour même du changement, alors que l'on ne sait pas exactement l'ampleur de ce qui a été modifié, que Free est en silence radio, elle balance un tweet et organise une réunion sur le sujet. Elle ne connait pas les tenants et aboutissants, mais elle se présente comme celle qui va faire reculer Free et permettre de trouver un accord. On se rend compte maintenant qu'il s'agit d'une grosse provocation de Free, qui envoie un Scud sur Google avec qui il est en litige commercial, et teste, au passage, le degré d'acceptabilité du filtrage dans ses box. Par contre, on se demande qui, à part Google, est concrètement lésé pour l'instant. Fleur Pellerin nous parle d'une rencontre en Free et les "éditeurs". Mais qui sont-ils ? Si c'est les responsables de régies pub et de sites qui vivent de la publicité, c'est un peu risible. De toute manière, avant d'organiser de telles réunions, on commence par demander aux principaux protagonistes, à savoir ici Free, ce qu'il en est exactement, et on analyse. C'est justement ce que fait l'ARCEP, qui a demandé à Free de lui indiquer, précisément et par écrit "la finalité et les modalités détaillées du dispositif mis en place", avec réponse attendue pour le milieu de la semaine prochaine. Sauf que la réunion de Fleur Pellerin est programmée lundi...

L'affaire entre Free et le reste du web est d'abord une affaire de pouvoir et de gros sous. Ce n'est pas le rôle de la Ministre que d'intervenir, mais celui du régulateur, qui regarde exactement ce qu'il en est et vérifie si la pratique est conforme ou pas au droit. Pour le reste, ces entreprises sont assez grandes pour organiser leurs négociations comme elles l'entendent, et trouver toutes seules les accords pour mettre fin à leurs différends. C'est la même chose pour Najat Vallaud-Belkacem. Si la loi française est violée, il y a des procédures judiciaires et des tribunaux. Ce n'est pas le rôle de la ministre du droit des femmes de convoquer l'entreprise concernée, qui en plus est hébergeur et pas éditeur, et de se substituer aux tribunaux pour lui imposer des retraits de contenus.

Avec le nouveau gouvernement, on se rend compte que les travers que l'on attribuaient à Nicolas Sarkozy sont en fait dus, structurellement, au mode de fonctionnement des élus. En effet, on se rend compte que les socialistes font exactement la même chose, et le pire, c'est qu'ils sont moins bons que Sarkozy. En tout cas, le changement, c'est pas pour maintenant.