L'exil fiscal est devenu le sujet qui marche en ce moment, grâce au "détonateur" Gérard Depardieu. J'ai eu l'occasion d'en parler, mais ce billet n'épuise pas le sujet (heureusement d'ailleurs) et ma réflexion continue. Je persiste à penser que l'aspect fiscal est l'arbre qui cache la forêt, le prétexte pour ne pas se poser les bonnes questions.

Le premier problème, gravissime, est qu'un certain nombre d'entrepreneurs qui partent, nous en avons deux exemples très récents, Afflelou, et dans un tout autre style, Jean-Michel Jarre, le font parce que la France est devenue une périphérie. Le travail, le business est ailleurs, et si on veut rester dans la course, il faut aller là où les choses se font. En terme d'attractivité, la France est au fond du trou, et les mesures de l'actuel gouvernement ne vont certainement pas inverser la tendance, bien au contraire. Si les grosses entreprises parlent de délocaliser leurs cadres à hauts revenus, ce n'est pas pour des raisons exclusivement fiscales et financières. Si la France était vraiment "the place to be", ce n'est pas un surcoût fiscal qui ferait partir qui que ce soit. Tout comme ce n'est pas les aides publiques qui déterminent le chef d'entreprise à embaucher, mais bien les perspectives de croissance et d'activité de son entreprise. Tous les jeunes qui quittent la France à la sortie de leurs études, c'est parce que les perspectives sont meilleures ailleurs, que les salaires sont meilleurs, que la qualité de vie est meilleure. Mis à part la météo, Montréal explose Paris dans tous les domaines quand on est jeune diplômé sans le sou... et je ne parle pas de Londres pour les cadres de haut niveau. Politiquement, cela fait longtemps que la capitale politique de l'Europe, c'est Bruxelles. Il n'y a qu'à comparer la densité de lobbystes avec Paris !

Un deuxième problème se greffe sur le premier, celui d'un certain désespoir vis-à-vis de la France. Non seulement, ce n'est plus là que les choses se passent, mais en plus, ce pays se tire en permanence des balles dans le pied avec un acharnement désespérant. La France est un bien bloqué, engoncé dans ses conservatismes, chacun cherchant avant tout à préserver sa petite rente de situation. Cela fait des lustres qu'on sait que le modèle français sur-protège les insiders, au détriment des outsiders. Le droit du travail est un magnifique exemple. Licencier un CDI est compliqué, juridiquement, mais aussi politiquement, avec des gauchistes (qui ne connaissent rien à la vie réelle) qui hurlent à la mort au moindre plan social. Résultat, la fluidité n'est pas suffisante et surtout, quand on sait qu'on aura du mal à se défaire d'un salarié, on y regarde à plusieurs fois avant de le prendre. Pareil pour les locataires. Vu comment c'est compliqué d'expulser, on sélectionne drastiquement à l'entrée. A chaque fois, c'est au détriment de ceux qui sont "hors du jeu", qui débutent ou qui n'ont pas les appuis et les clés du système.

La France est aujourd'hui dans la panade, et aurait besoin d'une grande remise à plat. Le Canada a connu ça dans les années 80 et 90. Ils ont su opérer de vastes réformes, qui n'ont pas toujours été faciles. La Suède aussi, a su prendre des virages serrés. Pour ce qui est de la France, c'est le vide total. Notre élite politico-administrative est désespérante. Aucun souffle, aucune vision, aucune alternance possible. Quand je regarde les membres des cabinets ministériels socialistes, je vois des clones de ceux qui occupaient la place sous Sarkozy (ça arrive que ce soient les mêmes). On voit les mêmes pratiques, les mêmes recettes. Le plus triste, c'est qu'en plus d'être des clones de l'ancienne équipe, les nouveaux locataires du pouvoir sont techniquement moins bons. Alors qu'il faudrait renverser la table, on a en François Hollande un sous-Sarkozy qui cède aux mêmes travers. Quelle différence fondamentale entre les débats sur l'identité nationale qui stigmatisent les musulmans, et ceux sur les taxes à 75% qui stigmatisent les riches et la "Finance" comme des profiteurs à qui il faudrait faire rendre gorge ? A chaque fois, on désigne un bouc émissaire à la vindicte de ses soutiens électoraux, afin de souder le groupe.

Je suis maintenant "trop vieux" pour partir comme ça. Des enfants encore jeunes, une certaine expérience professionnelle, un (petit) carnet d'adresse, partir à l'étranger est plus compliqué et plus "couteux". Mais c'est la première fois que je me dis que, célibataire et sans enfants, avec 10 ans de moins, je partirais bien loin de ce pays désespérant de conservatisme. Si les français veulent crever à petit feu, je respecte leur choix, mais je ne m'y associe pas. Et puisque les choses ne bougent pas, et bien c'est moi qui vais bouger. Une fois qu'on est parti, on fait ses racines ailleurs, et le retour n'est pas garanti.

La France est un pays bloqué, figé dans ses archaïsmes et ses "avantages acquis". Et en plus, il est en nette perte de vitesse sur tous les plans, économiques comme culturels. Pourquoi rester ? La question se pose réellement et pour certains, malgré tout l'attachement qu'ils peuvent avoir pour leur pays, c'est le départ qui est la meilleure perspective.