J'ai assisté à une audition d'éminents juristes, qui "planchaient" sur des sujets intéressant de très près les parlementaires. Ces juristes sont connus, compétents et sont très régulièrement consultés et membres des multiples commissions qui se créent quand il s'agit de réformer la Constitution ou les institutions. Leur propos était intéressant, documenté ; mais j'en suis ressorti avec une sensation de malaise. L'une des personnes auditionnée a caressé les parlementaires dans le sens du poil, un peu comme on fait plaisir à un chat en le grattouillant sous la gorge. Le ronronnement de plaisir des parlementaires présents était perceptible. Visiblement, on leur disait exactement ce qu'ils avaient envie d'entendre...

Il se trouve que ces juristes de haut niveau sont régulièrement nommés à des postes et missions prestigieuses. Membre du Conseil constitutionnel ou du Conseil supérieur de la magistrature, mission type "Vedel", "Avril, "Balladur". Sans compter les hochets et autres distinctions honorifiques. Bref, ces juristes de haut niveau, souvent professeurs de droit constitutionnel, ont des choses à attendre des politiques. Et visiblement, cette personne est disponible pour ce genre de poste. Ça crève les yeux...

C'est là qu'est le malaise, car les politiques sollicitent ces juristes et s'appuient sur leurs "conclusions" pour lancer des réformes, en les parant des vertus d'objectivité et de scientificité. Certes, il s'agissait ici d'auditions de peu d'importance, pas franchement officielles, mais la dose était forte et je ne doute pas que l'offre de service qui a été formulée ait été entendue par les politiques. Le drame, c'est que ce cas n'est pas si rare, où des deals sont passés entre élus et "scientifiques", où ce dernier apporte sa caution aux solutions voulues par les politiques, en échange de prébendes et fonctions prestigieuses, dont certaines donnent une réelle influence sur le cours des choses. Le souci, c'est que ces experts sont réellement compétents dans leur domaine, et qu'il est difficile, pour le profane, de critiquer leurs positions, solidement fondées et argumentées.

Savoir cela abstraitement est une chose, y assister en direct en est une autre. Le plus cocasse était que l'un des sujets abordés était... les conflits d'intérêts !