Je n'ai absolument aucune sympathie pour Poutine et son régime semi-autoritaire (qui n'ira sans doute pas en s'arrangeant). Je n'ai pour autant sympathie pour les Pussy Riots, pour lesquelles j'éprouve une indifférence profonde, voire un agacement. Je n'arrivait pas pour autant à formaliser ma pensée sur le sujet. Puis j'ai lu cette tribune de Limonov, lumineuse et lucide. Je ne connais pas plus que ça ce Limonov, sinon qu'il a fait l'objet d'un livre d'Emmanuel Carrère (écrivain que j'apprécie beaucoup). Son positionnement politique exact (bolchevique ou pas) ne m'intéresse pas plus que ça, je m'en tiens au texte publié dans Télérama (site peu suspect d'être de droite), qui se suffit à lui même.

Limonov est très critique, les accusant d'avoir quasiment monopolisé l'exposition médiatique de l'opposition russe en Occident, sur une action qui n'est que peu soutenue en Russie. Il les accuse aussi d'être dans l'imposture et faire avant tout de la provocation bête et politiquement contre-productive pour le reste de l'opposition. Avec leur happening dans une église orthodoxe, elles ont focalisé les médias occidentaux, et par contre-coup, ceux des médias russes, qui en parlaient parce que les médias occidentaux en parlaient. Pendant ce temps, d'autres opposants étaient condamnés à de la prison, un député d'opposition était déchu de son mandat dans un quasi-silence médiatique. Derrière cela, le Kremlin s'amuse à faire de ce groupe marginal une "figure" de l'opposition, en leur offrant la palme du martyr. Comment plomber ses opposants les plus dangereux en les assimilant à d'autres, plus maladroits et finalement assez inoffensifs... Je comprends l'énervement de Limonov.

Tout cela a pu arriver car les Pussy Riots correspondent très bien à ce que les médias occidentaux recherchent pour faire tourner leur boutique. De jolies jeunes femmes, qui font un pied de nez à un "vilain" dictateur, qui sont punies de manière disproportionnée. Le tout dans le cadre bien balisé du "happening", nouvelle forme d'art contemporain, sans violence, sans mort ni sang qui coule. Bref, même le CSA français n'y trouverait rien à redire et lui donnerait le label "tout public". Avec un tel "produit" ne demandant aucun effort intellectuel au spectateur, c'est le succès assuré, les "militants" se reconnaissant pleinement en elles, et organisant des manifestations de soutien à celles qui leur ressemblent tellement. En fait, toute l'agitation autour des Pussy Riots tient de l'hsytérie narcissique, de la dévotion envers notre image qu'elles reflètent si bien.

Ont-elle fait avancer la cause de l'opposition russe ? Selon Limonov, elles l'auraient plutôt fait reculer. Une fois leur peine réduite, on passera à autre chose, car l'industrie du divertissement médiatique a sans cesse besoin de chair fraiche. On aura bien vite oublié les Pussy Riots, qui n'auront réussi à faire passer aucun message politique. C'est le problème que rencontrent tous ceux, et ils sont nombreux, notamment à gauche, qui croient qu'en faisant le singe pour attirer les médias, on arrive à faire passer des messages. Se mettre à poil sur une place publique pour "faire avancer une cause" ne fait rien avancer du tout, sinon le discrédit du groupe en question. Croire que l'on peut manipuler les médias et les utiliser est une utopie. Ce sont les médias qui manipulent les militants et les transforment en acteurs gratuits du grand divertissement continu qu'elles crééent. Le format des médias ne permet pas de faire passer des messages politiques un tant soit peu structuré, ou alors, il faut que l'émotion provoquée soit violente, qu'il y ait des morts atroces. Or, nos militants du happening médiatiques ne sont pas du tout prêts à aller jusque là. Je me rappelle d'Olivier Besancenot, venu faire l'imbécile devant l'Assemblée nationale, à essayer de grimper sur les grilles à je ne sais plus quelle occasion, et qui chialait devant les caméras parce qu'il avait été égratigné au bras par un CRS.

Croire que le système médiatique peut être un véhicule de message politique est une illusion. Ce genre de militantisme procure non pas de l'efficacité sur le fond, mais de la satisfaction d'ego pour ceux qui le pratiquent. Ces gens là ne servent pas une cause, ils s'en servent pour se mettre en scène. Quelle est, par exemple, l'influence réelle des actions du collectif "jeudi noir" sur les questions de logement ? Je serais bien en peine de répondre, par contre, je vois très bien l'influence qu'ils ont sur l'exposition médiatique et la carrière de ceux qui animent ce "collectif". Les Pussy Riots sont exactement de la même espèce.