Une nouvelle vague de jeunes députés de gauche vient d'entrer à l'assemblée nationale. Ils maitrisent très bien les outils numériques, notamment Twitter, et s'en servent abondamment en séance publique, notamment pour signaler le faible nombre de députés UMP présents en séance publique. Le dernier exemple en date est Arnaud Leroy, jeune député socialiste des français de l'étranger, avec ce tweet, posté à 16h43 le mercredi 3 octobre 2012, où il signale qu'il n'y a que trois députés UMP en séance publique. Un quart d'heure plus tard, Estelle Grelier, autre jeune députée socialiste poste une photo.

Ce genre de tweet me met absolument hors de moi...

Au moment où Arnaud Leroy poste son tweet, nous sommes au tout début du débat sur la ratification du traité européen. Nous sommes donc sur les discours, ceux des ministres, des présidents de commission, des rapporteurs. Il n'y a aucun vote, les députés se contentent d'écouter, sagement assis, les orateurs. Pendant ce temps, la commission des affaires économiques examine le projet de loi sur la régulation économique outre-mer, la commission de la Défense auditionne le ministre aux anciens combattants, sur son budget et la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi organique sur les finances publiques poursuit l'examen des amendements commencé le matin.

Un mercredi ordinaire, les députés ont une foule d'activités possibles, la séance publique, les réunions de commission, mais aussi beaucoup de réunions autres, que ce soit des auditions privées, de réunions entre députés, pour travailler, échanger. à 16h43, on peut recenser, grâce au feuilleton, que pas moins de huit salles de réunions étaient occupées par des députés socialistes, qui donc, n'étaient pas dans l'hémicycle. Il se trouvait également, mais ça, Arnaud Leroy ne devait pas le savoir, que les députés de gauche étaient en minorité numérique à la réunion de la commission spéciale sur le projet de loi organique sur les finances publiques.

Parmi toutes ces activités possible, la moins intéressante, et surtout, la moins "productive", c'est d'être dans l'hémicycle, ou à part écouter l'intervention des ministres et des hiérarques socialistes, il ne se passe strictement rien d'intéressant. Le contenu de l'intervention des ministres sera dès demain sur le site de l'Assemblée nationale. Par contre, être présent en commission pour voter les amendements, c'est autrement plus important. Un député "rationnel" et soucieux de rentabiliser son temps de présence à Paris n'est pas dans l'hémicycle à ce moment là, il travaille ailleurs, et remplit certainement mieux son rôle de député qu'en faisant la claque aux ministres. Il laisse ça aux petits nouveaux, comme Arnaud Leroy, qui n'ont pas encore compris comment fonctionne le système...

Ce qui m'irrite est encore autre chose. En pointant publiquement l'absence des députés de l'autre bord en séance publique, ces jeunes députés accréditent l'idée que le boulot d'un député est d'être en séance publique. Je hurle depuis toujours contre cette vision du travail parlementaire qui ne s'arrête que sur le visible et le spectaculaire. Qu'en plus, ce soient des députés qui se prêtent à cela, ça me dépasse et m'afflige profondément. C'est inqualifiable de salir ainsi l'image des parlementaires, déjà pas bien reluisante (pour parfois d'excellentes raisons, autre que leur assiduité), pour simplement le plaisir de bâcher l'opposition, de faire passer ses membres pour de "mauvais députés".

J'espère que ces jeunes débutants apprendront vite comment fonctionne la maison, comment il faut faire pour être un député efficace, et surtout, arrêtent de tirer contre leur camp. Ils ne sont plus des militants socialistes, mais des élus de la Nation, qui doivent faire œuvre de pédagogie, au lieu de faire œuvre de démagogie.