Ce week-end, les instances du parti "EELV" ont voté contre la ratification du traité européen. Ce parti faisant officiellement partie de la majorité gouvernementale, avec des ministres au gouvernement, ça fait un peu tache. Ce sujet n'est pas une question secondaire, et ce vote, fait en pleine connaissance de cause, semble être un choix autant tactique que stratégique. Ce traité européen déplaît profondément à la gauche de la gauche, et pourrait devenir un vrai boulet politique pour le PS. Les Verts, experts en stratégie politicienne, ont bien senti que cela pouvait se transformer en une galère dans laquelle il ne fallait surtout pas monter. Tactiquement, l'opération est bien montée, car c'est le parti qui prend position, pas les ministres et les parlementaires qui, en ce moment, sont en train d'appliquer le passage de baume cicatrisant sur la plaie, assurant que ce n'est pas bien grave, que c'est juste un point particulier qui pose problème, mais qu'ils restent dans la majorité et sont toujours pro-européens.

On est clairement dans la mise en place du fonctionnement de la coalition "PS-Verts". Quelle marge de liberté et d'autonomie pour les Verts ? Les Verts la veulent maximale, le PS la souhaite minimale, si possible inexistante, même si cela relève du rêve. On ne connait vraiment les limites qu'en s'en approchant. Voter la censure du gouvernement ou voter contre un budget, c'est franchir une ligne rouge. Critiquer ouvertement une décision gouvernementale arbitrée publiquement, c'est aussi une limite dangereuse à franchir, qui peut valoir une démission plus ou moins forcée pour le fautif. Les Verts étant trop attachés aux portefeuilles ministériels et aux prébendes, ils ne franchiront jamais cette limite, tout en ne se privant pas de la tutoyer en permanence. Pour l'instant, le ministre qui a la conduite la plus "dangereuse" est Arnaud Montebourg, Cécile Duflot ayant été finalement très sage.

Le meilleur moyen d'affirmer une différence, c'est de faire parler le parti. Pas surprenant donc que ce soit de cette manière que les Verts aient ouvert le bal. Cela permet des rétro-pédalages, que l'on peut doser en fonction de la réaction en face. Toute une palette s'offre aux Verts : Les ministres se désolidarisent ou du moins minimisent, quelques personnalités choisies pour leur visibilité (au hasard, Daniel Cohn-Bendit) expriment une opposition plus ou moins vigoureuse à la décision, montrant par là qu'elle ne fait pas l'unanimité. Enfin, au moment de passer aux actes, les élus, censés exprimer dans les instances de la république, la voix du parti (même s'ils sont surtout censé représenter la Nation et leurs électeurs) adopteront une attitude diversifiée. Il est par exemple possible de disperser les votes, ou alors, de voter contre un texte symbolique, et de voter pour les textes qui sont la conséquence directe du premier texte. On va voir ce que les parlementaires Verts vont voter sur le projet de loi organique sur les finances publiques. Voter non au traité, mais oui à ce projet de loi organique relèverait de l'acrobatie intellectuelle.

Tout cela devrait se terminer par un rabibochage, sans démission des ministres Verts. Mais l'affaire est d'importance, car c'est le premier bras de fer entre Verts et Socialistes. Comme pour les enfants, l'attitude de l'adulte lors du premier incident et la sévérité (ou son absence) peut constituer un précédent qui impactera toutes les négociations par la suite. Il suffit que le gouvernement cède et laisse une liberté de vote aux Verts sans la moindre contrepartie, pour qu'une jurisprudence se forme. La prochaine fois, les Verts en demanderont encore plus. Paradoxalement, ce sont les socialistes qui sont dans la position la plus inconfortable...