Arnaud Montebourg s'est beaucoup avancé sur le dossier PSA. Il s'est mis en position de devoir réussir, ou de partir. Et je le soupçonne fort d'avoir les moyens de s'en sortir dans les deux cas, surtout en cas d'échec, qui est quand-même l'issue la plus probable. Montebourg est un tribun, un pur politique, qui n'existe que dans l'incantation. Il nous a donné pendant 10 ans toute la mesure de son talent, jusqu'à énerver son propre camp, qui l'a pris au mot sur sa dernière marotte de la "démondialisation" et l'a mis en situation d'agir. Ce n'était pas pour l'arranger, comme tout bon populiste qui se respecte, mais il n'a pas pu refuser. Et puis pouvoir mettre "ancien ministre" sur sa carte de visite, pour le restant de ses jours, c'est quand-même tentant.

Mais rapidement, l'heure de vérité va arriver, et il va falloir présenter des résultats, qui seront forcément décevants, puisque cela fait très longtemps que les politiques n'ont plus de prise sur l'économie, surtout en temps de crise. Sarkozy s'est planté, il n'y a pas de raison que Montebourg y arrive, surtout sur un dossier comme PSA. Pensez donc ! Une entreprise française (donc pas attaquable sur l'aspect expatriation) où l'Etat n'est pas présent au capital, qui ne dépend pas de commandes de l'Etat, et surtout, donc le berceau est dans la circonscription de Pierre Moscovici. Les marges de manœuvre sont étroites et si, à l'issue des imprécations médiatiques, la direction et les actionnaires répond par un bras d'honneur, que peut faire Montebourg ? Démissionner...

C'est une issue possible : la démission spectaculaire, le claquage de porte destiné à transformer Montebourg en martyr. On va avoir droit aux clichés du genre "mur de l'argent" et autres images issues du vieux fond de la gauche de la gauche, qui auront pour but de dédouaner Montebourg de toute responsabilité, en le sortant du piège mortel qu'est pour lui l'exercice du pouvoir.

S'il arrive à mener à bien cette opération délicate, il sera un poison pour le PS, qui va se retrouver avec un opposant interne, un imprécateur qui ralliera à lui tous les démagogues de gauche, à commencer par l'aile gauche du PS, qui ne va pas aimer longtemps d'être dirigé par le radical-socialiste Hollande et le MRP de Gauche Ayrault, qui sont bien trop modérés pour eux. Le Front de gauche a d'ailleurs déjà indiqué la route, en refusant d'entrer au gouvernement. Jusqu'en 2017, le gouvernement va devoir gérer un Montebourg donneur de leçons, qui ne manquera pas de devenir le point de ralliement des idéalistes de tous poils qui grouillent à gauche. Une véritable épine dans le pied qui, finalement, est inscrite dans les gènes de la gauche française, autant révolutionnaire que gestionnaire. La seule manière de neutraliser la gauche révolutionnaire est de la priver de leader charismatique.

Autant dire que le maintien ou la sortie du gouvernement de Montebourg est un enjeu politique majeur pour Hollande, qui a tout intérêt à ce que Montebourg reste ministre, alors que ce dernier a tout intérêt à quitter le gouvernement avec panache et fracas.