Il n'y a pas si longtemps, la Gauche a hurlé quand Stéphane Guillon s'est fait virer de France-Inter. Tout y est passé, surtout les termes de censures. On a dénoncé l'Etat-Sarkozy, le fait du prince. Et voilà qu'arrivés au pouvoir, l'une des premières choses que cette même Gauche demande, c'est de virer des journalistes qui ont tenu des propos "inconvenants".

Stéphane Guillon était plus bête que drôle, et souvent méchant. Ce n'est pas de l'humour, c'est autre chose, qui ne mérite pas, à mon avis, d'être à l'antenne. Je n'ai donc absolument pas regretté son départ, au contraire, je me suis réjoui que ce bobo parisianiste aille chercher ailleurs des prébendes bien rémunérées dans les médias. L'interview de Fleur Pellerin par Daniel Schick est du même tonneau, bête et méchante, avec des questions affligeantes. On peut difficilement faire passer cela pour de l'humour. Comme pour Stéphane Guillon. Dans les deux cas, c'est pitoyable de débilité.

Dans le même temps, on a des interviews de personnes politiques qui sont d'une gentillesse et d'une innocuité à faire rêver les services de comm'. Les monologues télévisés de Nicolas Sarkozy, à peine interrompus par deux potiches appelés "journalistes" est le summum d'une pratique que l'on rencontre partout. Combien de journalistes "questionnent" réellement les politiques, c'est à dire vont sur les sujets qui fâchent et relancent, ou alors, posent simplement des questions de fond, celles qui demandent du temps et de la place pour répondre ? Très peu... Le journalisme en France oscille entre deux extrêmes, la servilité et l'agressivité bête et méchante. Pour l'intelligence, vous pouvez chercher longtemps, elle est rare.

Oui, le Journalisme français est malade, on le sait tous, et en tant que lecteur, je m'en désole. Et je ne vois pas tellement la porte de sortie vers le haut, car finalement, journalistes et politiques ont intérêts à ce système basé sur la paresse, le coup d'éclat et le produit light, rapide à consommer, conçu pour le zapping. La réaction de Laurence Rossignol face à l'interview de Fleur Pellerin n'est pas de demander à ce que les journalistes fassent mieux leur travail. Elle prend juste appui sur un travail minable pour faire parler d'elle en demandant que le sang coule, pour cause de "malpensance". C'est d'un niveau de paresse intellectuelle et de nullité à peu près équivalent à celui du journaliste d'Europe 1.