Le réseau mobile d'Orange vient de subir une importante panne, due à un problème logiciel. Le réseau ayant été remis en route rapidement, les dégâts, potentiellement importants, sont finalement limités. Orange a plutôt bien communiqué (sauf paradoxalement son directeur de la communication) et offert immédiatement une journée gratuite pour les abonnés, qui couvre largement leur préjudice. Le souci vient d'ailleurs, de toutes les infrastructures, parfois vitales, qui dépendent du réseau mobile pour bien fonctionner. Avec l'internet des objets, un bon fonctionnement du réseau, que ce soit le fixe ou le mobile, est indispensable. Et cela ne va pas aller en s'arrangeant. A coté de ça, les particuliers qui ne peuvent pas joindre leurs correspondants sur leurs portables pendant quelques heures, c'est de la rigolade.

Les deux ministres en charge du secteur, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin ont jugé bon de se saisir du sujet. Ils ont commencé par une opération de communication, consistant à se rendre chez Orange. Cela n'a en rien fait avancer la résolution du problème, ces deux ministres n'ayant pas, à ma connaissance, de compétences techniques en logiciel de fonctionnement de réseau télécom. On est alors typiquement dans l'activisme compassionnel, comme on va voir les victimes d'un attentat à l'hôpital. Ça fait juste plaisir, mais ça ne fait pas avancer la guérison. En cela, ils sont pleinement dans le registre ordinaire d'un ministre, qui ne peut pas être "absent" d'un sujet qui touche très directement des millions de français. Il faut être "proche", du moins en convaincre les français.

Une fois la panne réparée, ce qui a été fait sans eux, commencent les choses sérieuses. Il faut tirer le bilan des problèmes graves qui auraient pu se poser si la panne avait duré quelques heures, voire quelques jours de plus. Déjà, rien qu'avec cet audit, on aura une bonne image des changements à apporter, qui peuvent très bien trouver des solutions techniquement simples. Un basculement sur un autre réseau, par exemple. C'est là, au passage, qu'on se rend compte que finalement, avoir plusieurs réseaux mobiles indépendants les uns des autres, cela peut être salvateur. A retenir pour le réseau fixe, en se disant que si un seul réseau mutualisé, ça coute moins cher dans l'absolu, en revanche, si on intègre le risque de défaillance avec toutes ses conséquences, la réponse n'est plus aussi évidente. Ce travail d'audit, c'est aux spécialistes de le mener, Orange bien entendu, mais surtout l'ARCEP, l'autorité de régulation. Sur ces questions de réseaux, on est sur des domaines qui sont très vite extrêmement techniques.

Là encore, l'intervention de la ministre ressemble à celle de la mouche du coche. Avant même d'avoir les résultats d'un audit qui n'a même pas débuté, voilà qu'elle entend imposer la solution du renforcement des investissements chez Orange. Si ça se trouve, les investissements actuellement réalisés sont suffisants, et une augmentation de ceux ci n'amènerait pas forcement une baisse du risque de défaillance. En plus, si le problème est logiciel, ce n'est pas une question de taille des tuyaux, qui est la principale source de dépenses.

Non seulement elle prétend avoir la solution, mais en plus, elle nous dit comment elle compte l'imposer : grâce à la participation de l'Etat dans le capital d'Orange. Elle semble oublier que c'est Agence des Participations de l'Etat qui gère les décisions et les prises de position des administrateurs représentant l'Etat dans ces entreprises. Elle semble aussi oublier que le récent arrêté sur la répartition des compétences sur l'APE a donné la main à Moscovici, et pas à Montebourg. Elle oublie enfin que l'Etat a beaucoup de choses à demander à Orange, et qu'il faut faire des choix. Il se trouve qu'en ce moment, l'Etat demande d'abord à Orange de cracher du dividende, et ensuite, s'il reste de l'argent, de poser de la fibre optique pour le renouvellement du réseau fixe. Vous pensez bien que si les préoccupations sur le réseau mobile remontent un peu, elles ne vont pas passer à la première place, d'autant plus que l'incident sera vite oublié pour le français moyen. Dans deux mois, on sera incapable de dire quel jour cette panne a eu lieu, si on se souvient encore qu'il y en a eu une.

Pas une seule fois dans son interview au JDD, Fleur Pellerin n'a parlé de l'acteur pertinent pour gérer cette question : l'ARCEP. C'est clairement l'autorité de régulation qui va prendre en main ce dossier, car l'outil pertinent n'est pas la participation au capital d'Orange, mais les obligations de service public et autres contraintes "de sécurité nationale" (qui existent déjà d'ailleurs). Et cela passe par l'ARCEP. La ministre s'engage dans cette voie en annonçant un décret qui "permettra au gouvernement de réaliser des audits de sécurité sur les réseaux télécoms". Au gouvernement... je dirais plutôt à l'ARCEP, car je vois mal qui au ministère, aurait la compétence technique pour comprendre l'audit, en tirer les bonnes conséquences, et assurer le contrôle de suivi des préconisations.

Tout cela va se terminer par un simple renforcement des pouvoirs de l'ARCEP sur la sécurité et la résilience des réseaux. Ce n'est pas forcement un mal, car effectivement, c'est un vrai sujet. Mais fallait-il que Fleur Pellerin fasse tout ce foin ? Sans doute pas, sauf peut être pour soigner son image auprès du grand public et des électeurs, en faisant croire qu'elle peut tout et fait tout. En cela, elle est la très digne ministre déléguée d'Arnaud Montebourg...