Les 6 et 7 juillet avait lieu à Paris le colloque autour du projet "La fabrique de la loi". Ce colloque présentait deux aspects très intéressants pour l'amélioration de la connaissance des parlements et de leurs travaux.

Le premier évènement est une rencontre internationale de groupes citoyens qui observent et analysent les travaux parlementaires. Regards Citoyens, qui gère nosdéputés.fr et nossénateurs.fr accueillaient leurs homologues du monde entier. Cela a donné une grande rencontre de geeks. A priori, c'est la première rencontre internationale de cette importance, avec de nombreux ateliers très techniques. Je dois avouer que j'ai très vite décroché de cet aspect, d'autant plus que tout se faisait en anglais. Mais c'est essentiel, car derrière, c'est la mise en réseau de tous ces sites qui se profile, avec des échanges d'informations de données, et donc des comparaisons internationales facilitées. On y a parlé technique informatique, formats numériques, mais aussi gouvernance des structures, levée de fonds. Les plus avancés aidant ceux qui sont plus "jeunes", on va peut être assister dans les prochains mois à des progrès spectaculaires pour certains sites.

Le deuxième évènement, c'est la rencontre de ces geeks avec des chercheurs en science politique. Monter des sites, récupérer des données, les compiler dans de magnifiques bases de données, c'est bien, mais pour en faire quoi ? C'est justement là que les chercheurs interviennent, pour apporter une vision nouvelle de ce que l'on peut faire, ou pas, avec ces données. Là encore, les échanges ont été fructueux, nombre de présentations étant de bon niveaux et ouvrant de réels chantiers. Il faudra aussi laisser maturer un peu, mais je pense que beaucoup de participants sont repartis avec des idées et des projets. Il y a eu une rencontre véritablement féconde, mais qui n'était pas évidente. Mettre ensemble des geeks et des universitaires en science politique, cela n'avait rien d'évident, tant les mondes peuvent apparaitre séparés. J'ai trop souvent constaté, à mon grand désarroi, le cloisonnement et l'isolement des chercheurs universitaires, qui restent dans leur petit pré carré, à produire des travaux qui n'intéressent qu'eux et leurs collègues universitaires. L'apparition de bases de données réellement ouvertes sur le travail parlementaire offre un nouveau matériau aux chercheurs, du moins à ceux qui s'intéressent encore aux parlements.

La dimension internationale est enfin essentielle. Tous les pays ont des parlements, qui présentent beaucoup de points communs. On ne peut pas se contenter, quand on le fait trop souvent en France, de regarder notre fonctionnement franco-français, sans la moindre perspective comparatiste. Ce colloque, vraiment international (les français étaient ultra-minoritaires et tout était en langue anglaise) est un évènement marquant. Il s'est terminé par une présentation de la déclaration "parliamentary openness", en cours de rédaction. Je ne peut que vous inviter à aller la lire, et éventuellement la commenter.

Il faut maintenant renforcer le dispositif, en utilisant les données. Le plus facile, c'est de les recueillir et d'organiser la base de données (même s'il y a parfois des difficultés techniques), mais on ne peut pas en rester là, bien au contraire. Le but de ce mouvement "open parliament" est d'instaurer un contrôle citoyen sur le fonctionnement du système politique. L'endroit idéal pour installer le point de contrôle, c'est justement le travail parlementaire. Quand on analyse le processus de décision politique dans un État démocratique, il y a des phases plus secrètes, et nécessairement, pour que ce soit démocratique, il y a une phase publique, où tous les éléments sont "mis sur la table" pendant un certain temps, avant que la décision ne soit officiellement prise. Ce moment, c'est celui de l'examen parlementaire. Il faut donc que cette phase soit réellement transparente, et que tous (pas seulement les parlementaires) aient l'information. Le débat doit se faire bien entendu dans l'enceinte parlementaire, mais ne doit pas forcement y rester cantonnée. Si les citoyens ne s'emparent pas des possibilités qui leurs sont offertes, le débat restera dans l'entre-soi parlementaire.