François Hollande a décidé d'expulser l'ambassadrice de Syrie en France, en réponse au massacre de Houla. Cela relève de la gesticulation médiatique, histoire de dire que le pouvoir français ne reste pas indifférent à l'émotion causée dans sa propre population par un massacre de civils syriens. C'est trop peu, trop tard et totalement inefficace, sauf pour la communication du gouvernement en direction de ses électeurs.

Les massacres en Syrie n'ont pas commencé le week-end dernier, malheureusement. Des images de cadavres d'enfants syriens assassinés ne manquent pas. Et pourtant, c'est seulement maintenant qu'on réagit. Qu'est ce qui a bien pu provoquer cette soudaine réaction alors que sur le terrain, il n'y a pas eu d'évolution particulière ? Tout simplement la forte médiatisation de ce massacre là, et l'émotion ainsi suscitée. Que le mouvement soit concerté avec plusieurs autres pays ne change rien au problème, puisque c'est une même réponse à une même émotion. Rien n'oblige la France à s'aligner sur les autres pays quand il s'agit de mesures sans portée concrète.

La France se contente d'expulser l'ambassadrice. C'est un peu ridicule. Dans une situation pareille, vu l'obstination du pouvoir syrien, si on veut faire un vrai geste, on rompt les relations diplomatiques et on expulse toute l'ambassade de Syrie. Mais cela implique de rapatrier en France nos diplomates en poste en Syrie. D'ailleurs, on va peut être avoir à le faire, car le pouvoir syrien ne va pas manquer de réagir. Quitte à faire un geste symbolique, autant y aller franchement, vu qu'on paiera à peu près le même prix pour la demi-mesure que représente l'expulsion de l'ambassadrice. Nicolas Sarkozy avait eu le courage de rompre les relations diplomatiques avec Kadhafi et de reconnaître officiellement l'opposition. Ce geste là avait une portée plus forte et concrète.

La Syrie est un pays en guerre civile où Bachar el Assad lutte pour sa survie politique (et sa survie tout court). Quand on en est là, les codes diplomatiques ordinaires n'ont plus cours et l'expulsion de son ambassadrice en France, on s'en moque. Ça fait longtemps, si on est vraiment préoccupé par les massacres touchant la population civile, qu'il aurait fallu intervenir de manière plus musclée (envoyer des armes et un porte-avion au large de la Syrie par exemple). Mais la situation est complexe, et on peut parfaitement comprendre qu'il soit très difficile, voire impossible pour nous d'intervenir de manière efficace pour faire cesser les massacres. On n'est pas certains d'ailleurs que la chute du régime mette fin aux massacres. Ça pourrait même faire empirer la situation.

Il y a des dossiers sur lesquels on peut se retrouver impuissants. C'est frustrant, mais c'est la réalité. J'aimerais avoir des politiques qui, plutôt que de gesticuler, comme l'a fait l'ancien président, assument cette impuissance et l'expliquent au lieu de répondre par des gestes symboliques à l'émotion de la population. Ce que j'attends d'un politique, c'est que son action fasse avancer réellement le dossier dont il dit se préoccuper, et non pas seulement faire croire à ses électeurs, en période de campagne électorale, qu'il "agit" alors que l'effet concret sera epsilonnesque. Sur ce point, le changement, ce n'est pas maintenant...