Les décrets d'attribution viennent de paraître au JO. Il contiennent le périmètre exact, et surtout, les moyens humains dont dispose un ministre pour mener à bien sa mission. Un ministre qui n'est pas doté de services administratifs est voué à ne faire de la comm'. Le choix des termes n'est pas anodin. Quand un ministre "a autorité", c'est qu'il est le patron de la direction concernée. S'il a autorité conjointement, c'est qu'il doit composer avec un autre ministre qui a les mêmes pouvoirs que lui sur cette administration, ce qui est potentiellement conflictuel. Un ministre peut aussi "disposer de", c'est à dire que sans être le patron de l'administration en question, il peut demander des choses qu'on ne pourra lui refuser (en principe). Son pouvoir est bien moindre. Enfin, le dernier stade, c'est "fait appel, en tant que de besoin" où il peut demander, mais pas trop quand même, et faut vraiment qu'il en ait besoin et qu'il demande gentiment.

D'abord les ministères sans surprise. Le ministère des Affaires étrangères n'a pas de décret d'attribution. Peut-être un oubli, peut être aussi qu'il n'a tout simplement pas besoin que l'on rappelle son périmètre, assez bien délimité. Pareil pour la Défense, où le décret se contente juste de dire qu'il s'occupe aussi des rapatriés. Pour l'éducation nationale, pas grand chose à dire, périmètre classique, on y trouve les administrations attendues. Pareil pour l'enseignement supérieur, où Fioraso a autorité exclusive sur les directions qu'il lui faut. Le ministère de l'Intérieur ne bouge pas, Valls aura quasiment le même périmètre que Guéant, avec notamment l'immigration. Il doit juste partager les collectivités locales avec Marylise Lebranchu. Périmètre inchangé pour la Culture et pour l'agriculture.

Le découpage de Bercy est intéressant à observer. Moscovici se taille une belle part, en fait, il a tout, sauf ce qui est donné à Montebourg, et qui est finalement assez maigre. Il n'a que le DGCIS sous son autorité exclusive. Il doit partager avec Moscovici l'autorité sur l'agence des participations de l'Etat, et vu que ça risque d'être assez conflictuel, un arrêté du Premier Ministre va préciser les contours exacts du territoire de chacun. C'est clair que si Montebourg ne dispose pas de l'agence des participations de l'Etat, il ne fera pas grand chose. Il a également autorité, au titre de l'économie numérique, sur la délégation aux usages de l'Internet, qui sera de fait, la seule administration dont disposera Fleur Pellerin. Ce n'est finalement pas bien lourd.

Le pôle social est très imbriqué, sans vrai patron, ce qui risque de poser problème. Marisol Touraine, malgré son beau titre de ministre des affaires sociales et de la Santé n'a sous sa seule autorité que les directions de la Santé et de l'Offre de soins. Dans tout ce qui relève du social, est est en autorité conjointe, avec des attributions très vagues "dans les domaines des affaires sociales, de la solidarité et de la cohésion sociale". En face d'elle, il y a quand même deux poids lourds, Michel Sapin et Pierre Moscovici. Il va falloir faire son trou et délimiter les territoires, ce qui peut être compliqué. Michel Sapin est mieux servi, car il a autorité sur la direction qui est son coeur de métier, celle du Travail, avec en prime celle des études et statistiques. Il a autorité conjointe avec la ministre de la jeunesse et des Sports sur la direction de l'Emploi et de la formation professionnelle. En fait, il est le vrai patron, à condition de s'entendre avec Valérie Fourneyron, qui est sur de tous autres domaines, pour lui laisser ce qui relève de la formation des jeunes.

Troisième pôle, l'ancien périmètre de Borloo, partagé entre Nicole Bricq et Cécile Duflot. Le rôle exact de Duflot est très précisément défini, avec un luxe de détails que l'on ne retrouve pas ailleurs. Elle sait exactement où elle peut aller et n'ira certainement pas au delà. Elle n'a sous son autorité exclusive que le secrétariat général du comité interministériel des villes. Autant dire rien du tout ! Elle a autorité conjointe avec Nicole Bricq sur la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature. Pour le reste, elle "dispose" ou "peut faire appel", c'est à dire n'a pas de vrai pouvoirs. Elle est complètement ficelée et neutralisée ! C'est Nicole Bricq qui est la vraie patronne de toutes les administrations qui comptent.

Comme on pouvait s'y attendre, la jolie Najat n'a qu'un ministère communicationnel. Elle "est chargée de promouvoir les mesures destinées à faire respecter les droits des femmes dans la société, à faire disparaître toute discrimination à leur égard et à accroître les garanties d'égalité dans les domaines politique, économique, professionnel, éducatif, social, sanitaire et culturel". Difficile de faire plus vague. Là où ça va devenir amusant, c'est qu'elle est aussi "chargée, par délégation du Premier ministre, de coordonner la mise en œuvre, par l'ensemble des départements ministériels, de la politique en faveur de la parité et de l'égalité entre les femmes et les hommes". Elle va donc pouvoir aller mettre son nez dans la politique de ressources humaines de ses collègues, avec l'autorité et la bénédiction de Matignon. Elle a aussi "la protection effective des femmes victimes de violence et la lutte contre le harcèlement" mais en lien avec les autres ministres concernés. Elle va donc pouvoir intervenir sur le texte de loi sur le harcèlement sexuel. Pour faire tout ça, par contre, elle n'a qu'une autorité conjointe sur la direction de la cohésion sociale, à partager avec Moscovici, Touraine et Fourneyron. Autant dire qu'elle ne va pas avoir autorité sur grand chose...

A l'inverse, le ministère de Marylise Lebranchu est intéressant. Réforme de l'Etat, décentralisation, fonction publique. Elle va s'occuper du fonctionnement de l'Etat, de la qualité du service des administrations aux usagers et de l'évaluation des politiques publiques. Elle a aussi le lourd dossier de la réforme des collectivités territoriales, que l'UMP a salopé et abandonné au milieu du gué. Pour ça, elle a des services : la DGME, la DGAFP. Il y a une belle cohérence, notamment pour mettre en oeuvre une vraie politique d'opendata !