La question du leadership à droite va se poser. Il y a deux prétendants, Jean-François Copé et François Fillon. Aucun autre n'est à leur niveau, c'est entre eux deux que les choses vont se jouer, c'est l'un des deux qui sera le leader de l'opposition et le candidat de la droite en 2017. Les primaires à droite, c'est maintenant...

L'avantage va indéniablement à Jean-François Copé. Il tient le parti, il tient le groupe parlementaire à l'Assemblée via son fidèle lieutenant, Christian Jacob. Il a pu développer ses réseaux et ses équipes et depuis 2007, il a pris une envergure nationale. C'est un nouveau Sarkozy. En face de lui, il y a beaucoup de gens qui ne l'aiment pas, c'est classique et logique. C'est d'ailleurs l'atout de François Fillon. Il est le seul rival possible, le seul à pouvoir agréger autour de lui ceux qui ne veulent pas de Copé. C'est plus compliqué comme position, car il va devoir mener un attelage hétéroclite, alors que Copé a une armée cohérente en ordre de bataille.

Si Fillon veut survivre, il doit frapper fort très vite. Je pense qu'il doit être candidat, personnellement, à la présidence du groupe UMP, fin juin. C'est une élection avec 250-300 électeurs (je suis optimiste, oui) sur un corps électoral où Fillon bénéficie d'une cote d'amour excellente. Il passe bien mieux que Jean-François Copé auprès des députés UMP, même si Copé y a aussi de sérieux appuis. Si Fillon prend le groupe, il bénéficiera d'abord de l'aura d'une victoire, et surtout, de moyens matériels et humains et enfin de pouvoirs pour revendiquer le rôle de leader de l'opposition. Par contre, si Copé arrive à garder le contrôle du groupe, Fillon sera isolé, sans moyens et ne tiendra pas longtemps. Les choses seront alors pliées, Copé sera le seul patron.

Personnellement, je suis partagé. Copé est un politique de très haute volée, efficace, qui sait s'entourer. Mais il ressemble trop à Nicolas Sarkozy, dans son style notamment, dans son rapport à l'argent, dans sa course à la droite dure. Autant de choses que l'on ne retrouve pas chez un Fillon, qui certes sent un peu la province, mais en même temps, apparait tellement plus "normal". Or, les français ont clairement montré qu'ils sont lassés du profil à la Sarkozy. Fillon est aussi beaucoup plus au centre que Copé. Gaulliste social à la base, il est parfaitement compatible avec mon libéralisme orléaniste, tant sur le plan des idées que des pratiques en politique.

Le fait est que les choses vont se dessiner très vite. Soit on a un patron incontesté, Copé, soit on a un duo de rivaux qui vont se tirer la bourre pendant 5 ans. Dans le premier cas, on gagne clairement en efficacité pour la reconquête du pouvoir. Mais par contre, pour la reconstruction idéologique de la droite (qui en a bien besoin), il faudra repasser. C'est dans un climat de tension et de lutte que la droite pourra se renouveler, les deux rivaux, Fillon et Copé, devant sans cesse chercher à faire la différence avec l'autre, notamment sur le terrain des idées. C'est par la "dialectique", comme diraient mes amis marxistes, que l'on fait avancer les choses. Rien de pire qu'un système figé avec un patron désigné avant même que l'on ait pu vider les sacs et purger un certain nombre de choses.

La droite a besoin d'un bol d'air, pas d'une chape de plomb. J'ai peur qu'une victoire trop rapide et définitive de Copé n'entraine une glaciation idéologique de la droite, au nom de l'efficacité et que ce qui doit sortir ne sorte pas et rester pourrir.