Arnaud Montebourg est ministre du Redressement productif. Cela a fait rire tout le monde, d'autant plus qu'il y a une magnifique contrepéterie qui accentue encore le comique de ce titre incongru. Visiblement, il a un peu de mal à faire sa place. Ce matin au JO, il s'est transformé en "Ministère du Redressement progressif". Une erreur technique à n'en pas douter, mais comme les lapsus, qui en dit beaucoup...

Derrière cet aspect amusant, se trouve une vraie question : faut-il utiliser les titres des ministères comme outil de communication politique ? Tous les gouvernements sont tentés par ça, à droite comme à gauche. On a eu par exemple le ministère du Temps libre en 1981. En fait, il y a deux types. D'abord celui de l'appellation purement politique d'un grand ministère, qui se veut "allégorique" et portant un message sur le sens de la politique qui va être menée. Avec le Redressement productif, on est complètement là-dedans. L'autre type, c'est le secrétariat d'État hyper-ciblé, qui sent bon la démagogie et le caressage dans le sens du poil d'un groupe bien identifié. On a eu par exemple sous Chirac un "secrétariat d'État aux droits des victimes". En général, ces secrétariats d'État sont dénués de moyens et se contentent de faire de la comm'.

L'opération peut apporter un bénéfice, en exprimant une volonté politique, un sens de l'action. Mais c'est à haut risque, surtout pour un ministère de plein exercice. C'est particulièrement le cas pour le Redressement productif. Tout le monde sait qu'il s'agit en fait du ministère de l'Industrie, qui est connu et identifié. Un renommage peut faire un peu vain si en dessous, rien ne change. Cela met une pression assez importante pour obtenir des résultats. Le nom choisi dit beaucoup. Il implique que la France est tombée bien bas en matière industrielle, et qu'il faut "redresser". Il dit aussi que la priorité est à l'industrie "productive", c'est à dire ce que l'on appelait du temps où j'étais au lycée le "secteur secondaire" celui des biens, par rapport au "secteur tertiaire", celui des services. Stratégiquement, je ne suis pas certain que ce soit un choix judicieux d'afficher un tel volontarisme dans un secteur où la vieille Europe se fait tailler des croupières par les pays à faibles coûts de main d'oeuvre. Même si politiquement, je suis d'accord, c'est important de garder une industrie de production de biens, je suis aussi conscient que nous avons de très gros handicaps et que le volontarisme politique est largement insuffisant pour lutter contre la désindustrialisation.

Le choix du nom est délicat, toutes les entreprises vous diront qu'une marque mal choisie ou facilement détournable, c'est catastrophique. C'est malheureusement le cas ici, de façon éclatante. Montebourg va traîner cette titulature comme un boulet, un peu comme enfant de famille bourgeoise qui s'appellerait Johnny-Kévin. Je n'ose imaginer ce que cela va donner dans les réunions internationales. C'est maintenant trop tard pour changer et revenir à un intitulé plus classique, tout recul étant interprété comme un abandon des ambitions politiques.

Personnellement, je trouve contre-productif cette manière de faire de la communication politique, car un intitulé de ministère un peu bizarre n'apporte rien ou presque au regard des risques. Ce qui compte, c'est la personnalité de son titulaire, son poids politique (pour gagner les arbitrages), son périmètre exact, les moyens dont il dispose en personnels et en budgets.