Hier soir, Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l'innovation et à l'économie numérique annonçait à la télévision que la "grande concertation" sur l'avenir d'hadopi commencerait avant l'été et serait terminée dans 6 mois. Ce matin, à la radio, Aurélie Filippetti ministre de la Culture et de la Communication annonçait qu'aucun calendrier n'était fixé.

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que le premier couac ait lieu entre les deux femmes, qui s'étaient déjà bien chamaillées pendant la campagne. Toujours sur le même sujet, le leadership sur les sujets "numériques" et la définition du territoire de chacun. Comme pendant la campagne, c'est Fleur Pellerin qui ouvre le feu en allant empiéter sur le terrain de sa voisine, qui lui réplique vertement. Visiblement, Fleur Pellerin n'a visiblement pas compris ce qu'est la politique et devrait se faire recadrer (si ce n'est débarquer) assez rapidement...

Premièrement, elle est techniquement en tort. Son intitulé ministériel est assez clair : elle s'occupe d'économie ! La fiscalité du numérique, le financement des star-up du numérique, c'est clairement son champ d'action. Mais Hadopi, c'est un sujet "propriété intellectuelle" et "justice", et cela relève clairement pour le premier point de la Culture et pour le second de la Chancellerie. Bercy serait éventuellement présent aux réunions interministérielles de cadrage, mais ne peut en aucun cas prétendre être leader sur ce dossier. D'ailleurs, pendant les lois Hadopi, c'est le ministère de la Culture qui était à la manoeuvre, en lien avec la justice.

Elle est aussi politiquement en tort. On peut se chamailler un territoire quand on est deux "chargées de mission" égales en rang pendant une campagne électorale. Maintenant, on a une ministre de plein exercice, avec des administrations sous ses ordres, Aurélie Filippetti, et une ministre déléguée, qui ne connaît que les dossiers que son ministre de tutelle lui confie, car c'est Montebourg qui donne des ordres aux services de Bercy dépendant de l'industrie. Je doute que Montebourg ait envie d'un choc frontal avec Filippetti, sur un sujet qui est très périphérique pour l'industrie (vue de Bercy) et surtout politiquement casse-gueule. A part s'exprimer dans les médias, Fleur Pellerin n'a pas les moyens d'exister sur cette question.

Le choix de partir à l'assaut, comme l'a fait Fleur Pellerin est risqué, très risqué. Elle va indisposer Matignon et l'Elysée, pour avoir créé l'incident et grillé la politesse à la ministre légitimement en charge du dossier, qui plus est pour annoncer un calendrier irréaliste. D'ici l'été, le gouvernement aura tout au plus la possibilité d'organiser un raoût d'inauguration, mais le vrai boulot va commencer au mieux à la rentrée. Elle va également s'attirer des inimitiées chez les industriels du divertissement, pour qui l'interlocuteur naturel est la Culture, qu'ils connaissent beaucoup mieux que Bercy. Fleur Pellerin va donc se faire des ennemis, sans forcement se faire des amis, car le monde du numérique a tout intérêt à participer "loyalement" à la concertation, tant les enjeux sont importants. On ne commence pas une telle concertation, où les lignes peuvent réellement bouger, en agressant la ministre de la Culture.

Fleur Pellerin risque fort de se retrouve seule, en rase campagne. Pour mémoire, il y aura un gouvernement "Ayrault 2" après les législatives, avec plusieurs rééquilibrages. Il y aura donc des sortants...