Jean-Marc Ayrault a annoncé que tout ministre battu aux législatives devra quitter le gouvernement. Je comprend parfaitement cette position et je l'approuve pleinement. On ne plaisante pas avec la légitimité démocratique. Comment voulez vous qu'un candidat battu puisse encore être respecté et avoir une quelconque autorité. Aucun ministre n'est formellement obligé d'être candidat, mais s'il l'est, il doit vaincre.

J'attends de voir qui sera effectivement candidat. Najat Vallaud Belkacem a déjà jeté l'éponge à Lyon, où elle entendait se présenter dans la circonscription la plus à droite de Lyon. J'avais trouvé sa position courageuse, car elle aurait pu réclamer autre chose, de plus gagnable, vu son poids et sa visibilité politique, elle n'aurait pas eu trop de mal. Mais elle a choisi le défi, qui consiste à se prendre plusieurs vestes, puis finir par emporter un bastion de l'ennemi, à la force du poignet, sur son nom. C'est ça le vrai panache, tout comme c'est du panache d'aller se présenter contre Marine Le Pen dans sa circonscription. Un élu qui ne prend pas de risque n'a finalement pas de mérite. Elle a finalement renoncé à sa candidature aux législatives. Je trouve ça dommage, mais je comprend. Ministre et porte-parole du gouvernement, c'est un beau poste...

Cette règle me dérange quand même un peu, car il y a des ministres qui eux, ne prendront jamais le risque d'affronter l'électeur. Ils n'ont donc aucune légitimité démocratique. Or, cela semble être important aux yeux de Jean-Marc Ayrault (et en cela, je l'approuve). Il faudrait qu'il aille jusqu'au bout de la logique en indiquant clairement qu'il y a un seuil, au sein du gouvernement, qu'on ne peut franchir que si on a une légitimité démocratique forte. Cela peut être par exemple le poste de ministre de plein exercice. Qu'il y ait une certaines tolérance pour les sous-ministres, c'est admissible, il faut parfois faire prévaloir d'autres critères comme la position dans le parti, ou des compétences techniques particulières. Je comprend donc que Benoit Hamon ou Yamina Benguigui soient au gouvernement, le premier apportant une caution "gauche de la gauche" nécessaire, en l'absence de tout représentant du Front de Gauche, la seconde pouvant indéniablement incarner la francophonie.

Je note que globalement, il n'y a quand même pas beaucoup de "recalés" du suffrage universel dans les ministres ce gouvernement. Certains ont pu être battus dans leur carrière, mais ils avaient été élus avant, et avaient donc réussi à passer le test du suffrage. Il n'y a guère que Stéphane Le Foll, ainsi que Najat Vallaud-Belkacem qui n'ont pas réussi le test. Mais elle jeune et elle avait choisi la difficulté en 2007, ce qui montre qu'elle ne rechigne pas à aller au front. Le Foll n'avait pas non plus choisi la facilité face à François Fillon dans la Sarthe, donc on peut tenir le même raisonnement pour lui. Même parmi les sous-ministres, il y a assez peu de technocrates et de "société civile". Je note la présence de Yamina Benguigui, Fleur Pellerin et c'est à peu près tout. Un profil à la "Olivier Ferrand", le technocrate incapable de se faire élire, semble complètement exclu.

C''est donc un gouvernement très "politique" et c'est une très bonne chose ! Les technocrates doivent rester à leur place, dans les administrations. Les loosers n'ont pas plus leur place au gouvernement. La légitimité du politique, c'est l'élection et si on veut exercer le pouvoir, on doit passer avec succès le test du suffrage universel.