Dans son plan comm' pour l'investiture, François Hollande a choisi de "rendre hommage" à des personnalités. En fait, il s'agit surtout pour lui d'exploiter l'image qu'on ces personnages dans la population, à l'heure actuelle, pour essayer de se draper dans leur aura. C'est le mécanisme utilisé par la publicité, où on vous met un produit, tout ce qu'il y a de plus banal, comme un savon ou un yaourt, à coté d'une jolie fille ou d'une magnifique paysage, afin d'opérer un "transfert" des qualités prêtées à la jolie fille ou au paysage, vers le produit.

François Hollande a donc choisi Marie Curie et Jules Ferry. Deux choix très dangereux car absolument pas maîtrisés. Bien évidemment, pour François Hollande, Marie Curie c'est la femme de science et de "progrès" et Jules Ferry, c'est le "père" de l'école libre et gratuite pour tous. Voilà ce qu'il considère être les "qualités" dont il entend se draper par le mécanisme du transfert. Ils correspondent à ce qu'il croit être l'image d'épinal de ces deux personnages. Malheureusement pour lui, ces deux personnes ne sont pas univoques et peuvent véhiculer d'autres images, beaucoup moins intéressantes pour François Hollande.

Commençons par le plus facile. Marie Curie, c'est la femme et la science. On pourrait penser, si on est mauvais esprit, que c'est "la femme de service" comme il y a toujours "le noir de service" dans les films américains, pour des questions quota. Marie Curie, c'est aussi la "mère" de la radioactivité et la "grand-mère" du nucléaire, finalement morte des suites d'une trop forte exposition à la radioactivité. Symbole ô combien ambivalent...

Pour Jules Ferry, c'est encore plus scabreux et glissant, car il n'est pas seulement l'homme de l'école publique. Et d'ailleurs, sur l'école publique, Victor Duruy en a fait autant, sinon plus que lui. C'est Victor Duruy qui a monté le réseau des écoles primaires, Ferry s'est contenté de rendre obligatoire et de faire prendre en charge la dépense par les fonds publics. Il a juste terminé l'oeuvre de Duruy. Surtout, Jules Ferry a également été l'homme des expéditions coloniales, notamment en Indochine, avec en plus des discours racistes et ethnocentriste qui ne passeraient plus aujourd'hui. On peut certes dire, à propos d'écrivain comme Céline qu'on aime l'oeuvre mais pas l'homme, et faire la part des choses. Mais pas quand on se place ainsi dans une opération de communication politique. Si on célèbre vraiment l'école publique, on va fleurir la tombe de Victor Duruy en plus de Jules Ferry. On ne se contente pas de Jules Ferry.

Pour moi, la principale erreur dans le choix de Jules Ferry n'est même pas là, mais dans le choix d'un leader radical de la troisième République. Jules Ferry était maire de Paris en 1870-1871, et a quitté la ville le 18 mars 1871, aux débuts de la Commune, dont il était un adversaire résolu. Ferry était un versaillais. Dans les années 1880, Jules Ferry est alors ministre de l'Instruction publique, donc en première ligne dans l'expulsion des congrégations religieuses et la fermeture de leurs écoles. Il ne faut pas oublier que le "grand service public laïc et unifié" de l'Education est un projet qui nécessitait la disparition des écoles privées. C'est aussi l'école de Jules Ferry qui a éradiqué les langues régionales, au nom d'un jacobinisme centralisateur. Il est aussi l'homme des expéditions coloniales (Tunisie, Madagascar, Tonkin...). Malgré des revers politiques et une grande impopularité, il reste un pilier du système politique et meurt président du Sénat en 1893.

En choisissant Jules Ferry, François Hollande en dit finalement beaucoup plus qu'il ne le pense. Il avoue qu'il est, au fond de lui, un radical-socialiste de la IIIeme République. Pas forcement ce qu'il y a de plus reluisant et de plus excitant, à la fois pour la droite, mais aussi la Gauche de la gauche. Un rad-soc', c'est un radis : rouge à l'extérieur, blanc à l'intérieur et toujours près de l'assiette au beurre...