Jean Luc Mélenchon se présentera face à Marine Le Pen, dans le Pas-de-Calais, aux législatives. Politiquement, c'est un pari osé, mais également génial.

Le but de Mélenchon n'est pas de l'emporter. Il est déjà député européen, poste en or pour lui : la paie est bonne, il n'est pas obligé de bosser vu que les français se moquent éperdument (et ils ont bien tort) de ce qui se passe au parlement européen, et comme c'est à la proportionnelle, son statut de leader national lui assure une tête de liste, donc un siège assuré. Ce n'est pas son intérêt personnel, ni sans doute son envie, d'aller caresser l'électeur dans une circonscription, de faire les marchés et les AG d'associations où on finit en buvant un mauvais mousseux tiède. Mais politiquement, il ne peut pas rester en dehors des législatives. Il doit être candidat, pour avoir une légitimité pour s'exprimer dans les médias, pour éviter de donner l'idée qu'il déserte.

Jean-Luc Mélenchon est donc candidat pour être candidat, pas pour être élu. A partir de là, où le mettre ? Comment exploiter au mieux son punch, sa grande gueule ? En l'envoyant sur un combat symbolique. Contre Marine Le Pen, c'est parfait ! sur tous les plans.

D'abord l'affiche est fabuleuse, et sera l'un des "produits phare" de ces législatives dans la tête de gondole des journalistes. Un face-à-face Mélenchon-Le Pen, c'est du lourd, le choc des populismes, forcement, ça fait vendre. Les journalistes se sont d'ailleurs jetés dessus comme une meute de chiens sur un gros rosbif saignant. Pour un peu que les acteurs se donnent un peu de peine pour satisfaire la presse en fournissant du spectaculaire, ce sera même le fil rouge de cette campagne. Pour Marine Le Pen, c'est un vrai danger. Elle risque de ne plus pouvoir s'exprimer comme leader national d'un parti, mais d'être sans cesse ramenée à son duel personnel avec Mélenchon, les journalistes n'ayant que ça en tête. Elle pourrait être ainsi médiatiquement neutralisée, ce qui serait un coup dur pour le FN.

Deuxième avantage pour Mélenchon, il pourra dire qu'il a eu le courage d'aller au combat rapproché, et que s'il n'a pas été élu, Marine Le Pen ne l'a pas été non plus ! Il "se sera fait" Marine Le Pen, il pourra jouer celui "qui en a", qui est courageux, qui a du panache. Dans sa posture "d'opposant structurel", le Front de Gauche ne cherchant pas vraiment à exercer le pouvoir, c'est tout bénéfice. Un bon brevet d'anti-Le Pen est toujours utile, et permettra, éventuellement, de faire taire ceux qui ont tendance (pas forcement à tort) à trouver pas mal de ressemblance de style entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Troisième avantage, ça gêne quelque part le PS, car la fédération du Pas-de-Calais n'est pas très "propre". En plus, Hénin-Beaumont a l'air d'être un haut lieu de tripatouillages et de magouilles. Bref, tous les ingrédients pour dégouter l'électeur. Marine Le Pen ne s'y est pas trompée en y allant. Elle a d'ailleurs réalisé de beaux scores, sans doute en partie grâce au vote protestataire qui a de bonnes raisons d'exister dans cette région, pour de multiples raisons. Si certains électeurs de gauche se sont refusés à voter FN, même s'ils n'en pensaient pas moins sur les candidats PS, ils pourraient bien ne pas avoir les mêmes préventions contre un Mélenchon qui est un vote protestataire "acceptable". Mélenchon va donc prendre des voix à Marine Le Pen, mais également au candidat socialiste... au point d'arriver devant lui au premier tour.

Ce qui me ferait rire, c'est que Jean-Luc Mélenchon soit pris à son propre piège et soit élu député du Pas-de-Calais, en battant Marine Le Pen au deuxième tour.