Le Parti socialiste vient de connaitre sa première petite polémique, à propos d'une condamnation, ancienne puisqu'elle date de 1997, de Jean-Marc Ayrault. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour favoritisme sur des marchés publics. Cela fait un peu tâche au moment où François Hollande annonce qu'il veut un gouvernement vraiment irréprochable, et que Jean-Marc Ayrault est sur la shortlist pour Matignon...

Que l'opposition ramène sur le tapis cette vieille condamnation, c'est de bonne guerre. Après tout, c'est son rôle de chercher la petite bête, et pendant 5 ans, le PS ne s'est pas privé sur Sarkozy et son entourage. Et c'est une très bonne chose que ça se passe comme ça, car l'un des rôles de l'opposition est d'obliger la majorité à toujours être aux aguets, à ne pas se relâcher, sous peine de se prendre la sanction. Elle se doit d'être toujours au top niveau, car c'est l'intérêt du pays.

Certes, Jean-Marc Ayrault n'est pas un criminel, et ce qui a pu lui être reproché est bien davantage de la négligence qu'une participation active et consciente à des faits délictueux (c'est qu'il ressort de ses propos et explications, que je veux bien croire). Il n'empêche qu'il a quand même pris six mois avec sursis, et qu'il n'a pas fait appel. Certes, ce n'est pas deux ans avec sursis comme Chirac, qui lui, était parfaitement conscient de ce qu'il ordonnait de faire, mais quand même, ce n'est pas rien.

Ce qui est intéressant à observer est la réponse du PS et de Jean-Marc Ayrault, qui est absolument catastrophique. Ayrault commence par minimiser : "mais il n'y avait pas enrichissement personnel ni financement de parti politique". C'est ce qu'il ne faut surtout plus répondre, comme le catastrophique "mais c'est légal" qu'on nous sort encore trop souvent quand on pointe un comportement qui s'éloigne quelque peu de l'éthique et de la morale. Un juge a examiné le dossier et estimé que ça méritait six mois avec sursis. Le reste, on s'en moque, il y a eu violation de la loi avec condamnation, alors que bien souvent, des élus mis en cause s'en sortent avec des non-lieu ou des relaxes.

Le deuxième volet de la réponse, venant de Jean-Claude Mignard, est encore plus catastrophique pour le PS. Il nous dit qu'il y eu une réhabilitation légale en 2007, et donc que la loi interdit de parler de cette condamnation. Donc taisez vous, sinon, on vous traine devant les tribunaux. Monsieur Mignard joue sur le terrain juridique, alors que l'on est avant tout sur une affaire de communication. On peut avoir la loi pour soi, mais perdre politiquement si on s'avise de l'utiliser...

Que va-t-il rester dans l'esprit de la grande majorité de la population, si jamais il retiennent quelque chose : que Jean-Marc Ayrault a été condamné, il y a longtemps. Et c'est sans doute à peu près tout. Le coup a porté, son seul effet véritable serait éventuellement d'empêcher Ayrault de devenir Premier Ministre. C'est d'ailleurs sans doute le seul but de cette polémique. C'est difficile à parer, car les apparences sont contre Ayrault, et ses dénégations ne sont pas entendues, surtout quand elles ressemblent aux excuses habituellement avancées par la classe politique dans pareil cas. On se souvient du "responsable mais pas coupable" de Georgina Dufoix dans l'affaire du sang contaminé, qui bien que techniquement juste, lui a fait un tort considérable.

Si en plus le PS s'avise de faire un procès en diffamation (seule voie possible) à une personne qui aurait rappelé cette condamnation, c'est l'effet Streisand assuré ! et en plus, Ayrault n'est pas sur de gagner son procès, car la réhabilitation détruit juridiquement la condamnation en lui interdisant de produire des effets de droit (comme par exemple un refus d'embauche), elle n'efface pas le jugement. C'est l'amnistie qui interdit radicalement d'évoquer les faits amnistiés, et entraine la condamnation en diffamation, quelque soit la vérité des faits. Je ne suis pas sur du tout du sort d'un procès en diffamation pour l'évocation, dans le cadre d'une polémique politique, de faits vrais, vérifiables en consultant la minute du procès.

Etre dans la majorité, c'est servir de cible à l'opposition. Il va falloir qu'à gauche, ils se rendent compte que les rôles s'inversent, et que l'UMP a déjà pris la mesure de son nouveau rôle.