Le premier vrai moment de l'après-Sarkozy, c'était ce matin, quand François Hollande a, pour la première fois, accompli un acte avec les habits du chef de l'Etat. Dimanche soir, c'était un candidat qui fête sa victoire. Ce matin, devant la flamme du soldat inconnu, il était un homme d'Etat.

Je doute d'une victoire de la droite aux législatives, à cause des triangulaires avec le FN, qui feront probablement de gros dégâts. En plus, il serait logique que de François Hollande ait une majorité pour gouverner. Enfin, quand un nouveau gouvernement sera nommé, on aura droit à une campagne législative du PS, avec les moyens de l'Etat, c'est à dire des chefs de parti s'exprimant comme ministres, et entretenant soigneusement la confusion, tout en jurant le contraire. C'est classique, c'est le jeu, la droite a fait pareil. Même si l'UMP tient bien le choc, que François Hollande n'a pas fait un score fabuleux (alors qu'on lui promettait encore du 55-45 dans les sondages il y 10 jours) ça ne suffira sans doute pas. La droite va faire une cure d'opposition. Et la gauche va se retrouver dans la majorité...

Au bout de 10 ans dans une position, on a un lourd passif de déclarations, de postures qui sont liées, non pas au fait qu'on soit de droite ou de gauche, mais au fait qu'on soit dans la majorité ou l'opposition. Ce que fait le gouvernement est forcement mal quand on est dans l'opposition. Et puis une fois arrivé au gouvernement, on fait à peu près la même chose, ce qui offre un contraste saisissant. C'est pareil dans l'autre sens. J'attends avec gourmandise la première utilisation, par le gouvernement socialiste, du temps législatif programmé (parce que quand même, c'est bien pratique quand on est au gouvernement). Au début, ils vont essayer de faire sans ce mécanisme, mais ils ne tiendront pas longtemps. A droite aussi, on sait pondre de l'amendement au kilomètre... J'attends aussi la réaction du groupe UMP au moment où le président de séance leur annoncera qu'ils ont atteint la limite de leur temps de parole et qu'ils doivent maintenant se taire.

Chacun va devoir se déshabituer de certains comportements. C'est la gauche qui va sans doute le plus souffrir, car c'est finalement assez confortable d'être dans l'opposition. On peut ne pas bosser, il suffit de brailler sur quelques sujets hautement symboliques. Maintenant, il va falloir bosser. Pareil pour les députés, et surtout les sénateurs de gauche (pour qui c'est inédit d'être dans la majorité gouvernementale) qui vont devoir apprendre à "soutenir le gouvernement", c'est à dire avaler des couleuvres et se faire traiter comme la cinquième roue du carrosse en serrant les dents. J'imagine assez bien le choc que ça fera avec des gens comme Jean-Pierre Brard, et j'attends avec impatience de le voir bon soldat de la majorité. A droite, cela va faire tout drôle à certains de ne plus être aux manettes et de subir la loi des autres, surtout si les "nouveaux maîtres" sont dans un esprit revanchard, ou sont, tout simplement des soudards du genre "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires". Si par malheur Ségolène arrive au perchoir, ça risque d'être violent (mais pas que pour l'opposition).

On devrait avoir un moment de flottement au cours de l'été, et à l'automne, le personnel politique aura pris ses marques. Une fois élu, la question n'est plus tellement d'être de droite ou de gauche, mais d'être dans la majorité ou l'opposition.