François Hollande a gagné (comme prévu) mais c'est une bien étrange victoire. Pas d'élan réel, un score net, mais pas fabuleux, en dessous des 52%. Plus une défaite de Sarkozy et de son style qu'un rejet du bilan de son gouvernement, autant une défaite de Sarkozy qu'une victoire de François Hollande.

L'ambiance que j'ai ressenti ce soir, c'est d'abord une sidération incrédule des élus de gauche sur le plateau de Télévision. Ils avaient l'air d'avoir du mal à prendre conscience de leur victoire, tellement habitués qu'ils étaient à perdre la présidentielle, souvent cruellement comme en 2002. Il y avait aussi, dans un deuxième temps, une volonté de "renouer la chaine des temps". L'intervention de Lionel Jospin était très marquante là dessus, car on le sentait heureux et rayonnant. Il a trébuché gravement, le témoin est tombé, et voilà qu'un dauphin l'a repris. La gauche est remise sur ses pieds, a retrouvé le pouvoir, c'est la fin de la malédiction pour lui. Il n'aura pas entrainé le PS dans sa chute. C'est maintenant qu'il peut vraiment prendre sa retraite politique. Enfin, j'ai senti une gravité chez les responsables socialistes. D'abord parce qu'il reste encore des législatives à gagner (ce qui n'est pas fait) et ensuite à gouverner dans un contexte difficile. On sent une crainte d'exercer le pouvoir, qui nous ramène à cette peur de gagner, cette incrédulité devant la victoire.

Le discours de Nicolas Sarkozy a été à la hauteur, bien qu'un peu trop long. Il a reconnu la victoire de son adversaire et annoncé qu'il tournait la page. Il est parti proprement, ce qui n'est pas évident. Le discours de François Hollande a été mauvais, et inquiétant. On a entendu un discours de politique générale de premier ministre, sans souffle, sans charisme. Et puis qu'est ce que c'était long ! Les meilleurs discours sont les plus courts. Le soir de son élection, Sarkozy était au Fouquet's, le soir de son élection, Hollande était dans une petite ville de province, à prononcer un discours sans souffle. J'espère pour lui que ce n'est pas cette image qui restera dans les esprits. La comparaison ne tiendra pas par rapport aux images de la promenade de Chirac dans Paris en 1995, ou encore plus fort, le dépôt de roses de Mitterrand au Panthéon en 1981. La "Geste" d'une présidence s'écrit dès le soir du deuxième tour. Sarkozy ne l'a pas compris et c'est sans doute ça qui a provoqué sa chute. J'ai l'impression que François Hollande ne l'a pas compris non plus. Ou alors, si ce que j'ai vu ce soir, c'est de la "communication maitrisée", je crains le pire...

La France est une monarchie républicaine, qui demande un président qui incarne, qui règne. Qu'il gouverne aussi, d'accord, mais ça ne doit pas trop se voir. Mitterrand et Chirac ont été très bon à ce jeu. Sarkozy nullissime. Hollande me semble bien mal parti...