Le mardi 10 avril 2012, se tiendra à l'Assemblée nationale un "gouvcamp", en fait une journée de travail "participative" à la manière des "geek camp". Il est organisé par un collectif appelé démocratie ouverte, qui est "une communauté francophone ouverte aux élus et aux citoyens qui souhaitent collaborer en vue de placer la transparence et la participation des citoyens au coeur des démocraties représentatives". Cet événement de mardi est le prélude au lancement en septembre 2012, d'une plate-forme collaborative.

Je ne peux bien entendu que soutenir ce type d'initiative. L'open data, c'est bien, mais ce n'est pas le tout de lâcher les données dans la nature, encore faut-il qu'il y ait des communautés d'utilisateurs pour en faire quelque chose ! Le lâcher de données est en cours, et même s'il reste encore quelques détails à régler, le principe est acquis et il y a déjà pas mal de données accessibles. Reste à les exploiter correctement. Ce n'est pas évident, car cela nécessite à la fois des outils techniques (plate-formes et trucs compliqués de geeks), des personnes motivées qui acceptent d'y passer du temps, mais surtout, et c'est là que ça risque d'être le plus difficile, une véritable réflexion théorique.

L'open government peut changer beaucoup de choses. La démocratie restera représentative, mais le travail de "représentant" va beaucoup évoluer. Il faut réfléchir aux implications profondes, avec une véritable réflexion juridique et philosophique. Les méthodes de travail des élus vont devoir évoluer, l'organisation des assemblées également. Cela va demander à beaucoup de gens (élus et entourage des élus) de se former, voire d'évoluer radicalement (ce que certains, voire beaucoup, seront incapables de faire). Si on veut réussir la mutation, il faut commencer par se demander où on veut aller, ce que l'on veut faire, et l'expliquer à l'ensemble des intervenants de la chaîne de décision politique. Cela peut aller très loin, car il faudra sans doute faire évoluer des textes de lois, les règlements des assemblées.

Les citoyens aussi devront se former. La première étape, qui fera un tri assez drastique, est l'apprentissage de la responsabilité. Dans ce type de projet, il n'y a pas de place pour le "yaka-fautkon" et l'expression d'opinions à l'état pur, sans la moindre étude des faits. L'open government, ce n'est pas le café du commerce. Deuxième étape, qui en laissera aussi sur le bord de la route, c'est l'apprentissage technique. Il faut lire des rapports parfois très techniques, se documenter, lire tous les points de vue, analyser. Cela demande du temps, cela demande aussi de la compétence, de l'intelligence. Tout cela existe, je ne suis pas inquiet, mais encore faut-il que les gens formés et intelligents viennent, et ne soient pas rebutés par les imbéciles qui ne manqueront de venir et crieront haut et fort des âneries plus grosses qu'eux. Cela se termine en général par la fuite des gens formés et intelligents. Pas gagné donc, mais faisable grâce justement à ces collectifs qui se montent.

On avait jusqu'ici le collectif Regards citoyens, qui a fait un très gros boulot, notamment avec les sites nosdéputés.fr et nossénateurs.fr, qui sont présents dans la réflexion de fond au coté d'universitaires et qui en plus, se lancent dans le comparatif international. Un deuxième collectif arrive, ce qui ne pose pas de problème a priori, vu que le boulot ne manque pas. Ils ont une dimension différente, puisqu'ils s'inscrivent d'emblée dans une structure internationale, qui faisait un peu défaut jusqu'ici. Je souhaite qu'ils trouvent leur place et puissent contribuer efficacement à l'appropriation par les citoyens, mais aussi les élus, de la révolution open data.