L'an dernier, je suis allé à un grand raoût du lobby de l'industrie culturelle, autour de la création de la très pompeuse "Assemblée pour la culture et la création à l'ère numérique". Ils annonçaient l'ouverture d'une grande plate-forme où tous seraient invités à s'exprimer sur le sujet de la création à l'heure du numérique, sujet devant lequel les cultureux sont comme des poules ayant trouvé un couteau. La plate-forme a été ouverte, elle a reçu des contributions, et le compte-rendu était présenté ce matin sous forme d'un "livre ouvert". Ce fut intéressant à double titre, pour le contenu de ce document, mais aussi pour la réunion de présentation.

Il y a eu d'abord la table ronde, qui était une table-ronde de plus où les cultureux des différentes filières sont venus se lamenter. On y trouvait la presse, nationale et spécialisée, l'Adami, la Sacd, l'APC (producteurs de cinéma) et la SCAM, puissance accueillante. Comme d'habitude, il a été question de régulation et de taxes sur les entreprises du numérique. Mais l'intérêt, c'est quand on commence à entrer dans les détails. C'est là qu'on voit, de colloques en table-rondes, l'évolution de la pensée, des projets, des priorités. Ce que j'ai retenu aujourd'hui, c'est la demande, formulée par le directeur général de la SCAM, démenti par personne dans la salle, que la "participation" des entreprises du numérique à la "création" prenne deux formes : la rémunération des auteurs, mais aussi des obligations de préfinancement, comme celle que connaissent les médias audiovisuels. Des sous pour les auteurs ET pour les producteurs. Fromage ET dessert ! En clair, chaque filière va venir demander sa taxe spécifique.

A peine ai-je pensé cela que Francis Morel, sous sa casquette du syndicat de la Presse nationale, évoque une sorte de "contribution" (il ne faut pas dire "taxe", ils n'aiment pas ça les cultureux) sur chaque abonnement et sur les ventes de matériels informatiques, afin de rémunérer les producteurs d'informations (en clair, les entreprises de presse). Son raisonnement est simpliste : si on achète des tablettes, c'est essentiellement pour les informations, et consulter les sites de presse. Donc ils ont droit à leur part du gâteau, puisqu'ils participent à l'essor de l'industrie numérique. En dehors de cela, ce monsieur est le PDG des Echos, journal "économique"... On a aussi eu droit au couplet sur le différentiel de TVA entre presse papier et presse en ligne, avec là encore, un raisonnement pour le moins contestable : un même contenu doit être taxé de la même manière. Un jour, je leur poserai la question de la définition de l'assiette quand on parle de "contenus". C'est quand même beaucoup plus facile de fixer l'assiette en fonction du support, et au moins, ça tient la route juridiquement, alors que pour une assiette définie en fonction de la nature du contenu, c'est plus fragile.

Et puis il y avait le contenu du produit présenté, qui m'a agréablement surpris. Ce que j'ai lu collait, sur le fond, aux âneries propositions développées pendant la table-ronde. En fait, l'intérêt est d'avoir un catalogue des positions d'à peu près tous les acteurs de la filière, dans un format parfait, ni trop long ni trop court, avec un article par sujet. Un magnifique panorama, où on voit que ce petit monde est quand même très divisé. D'ailleurs, la table-ronde s'est conclue par le constat d'une impossible synthèse. Ce document est pour moi très précieux, pour connaître les sujets "chauds" et, sujet par sujet, les convergences et divergences. A lire !

Finalement, les campagnes présidentielles ont du bon. Elles obligent les lobbies à poser clairement leurs revendications par écrit, tous à peu près en même temps, avec une "wishlist" qui permet d'anticiper ce qui arrivera dans les mois et années qui suivent.