Le drame de Toulouse sature complètement les médias, au point d'en perturber la campagne. C'est vrai qu'avoir un forcené dangereux dans la nature est anxiogène, c'est vrai que voir des enfants massacrés à la porte de leur école est une chose horrible. Mais des drames de ce genre, il en arrive malheureusement trop souvent, notamment des drames familiaux. Des forcenés qui tirent sur tout ce qui bouge, on en a malheureusement trop souvent aussi. Sauf que cette fois ci, il est sans doute un cran au dessus du forcené habituel. Et en plus, il s'attaque aux juifs, ce qui provoque toujours des réactions particulières, tant le sujet est sensible. Tous les ingrédients sont donc réunis, à haute dose même, pour un emballement médiatique...

Bien que j'ai de la compassion pour les victimes et que je déplore profondément ces drames, que ce soit celui de Toulouse ou de Montauban, je ne me sens pas concerné plus que cela. Ce matin, j'ai déposé mes enfants à l'école comme d'habitude, ni plus ni moins anxieux. Il n'y a objectivement pas plus de danger que d'habitude. Il est vrai que je n'ai pas la télévision, que je n'écoute pas la radio (sauf FIP et Fréquence Jazz) et que je m'informe par le biais de médias me permettant de sélectionner et de ne pas subir des flux programmés par d'autres. Le déferlement émotionnel ne m'a pas touché, et si je peux comprendre les réactions collectives d'émotion, je ne m'y associe pas. Ce qui me dérange, c'est qu'il a fallu attendre le massacre de Toulouse (des enfants devant leur école) pour que ça bouge. Apparemment, des militaires d'origine maghrébine, ça ne suffit pas pour émouvoir. C'est d'ailleurs clairement exprimé dans les médias : on parle d'abord de l'affaire de Toulouse, et on ne fait qu'y associer l'affaire de Montauban. Les enfants juifs, ce sont de "meilleurs clients". N'étant pas "émotionné", je ne peux pas m'empêcher de voir ce biais.

Je suis en fait très partagé face à cet emballement médiatique. Je suis toujours profondément agacé par ces déferlements d'émotion dont nous gavent les médias, prompts à faire pleurer dans les chaumières parce que c'est ça qui fait de l'audience. Il y a un coté charognard chez eux (c'est le système que je critique, pas nécessairement les journalistes), qui en font des tonnes sur le moment, avant de passer à autre chose. En même temps, c'est notamment par ces moments de "communion émotionnelle" qu'on "fait société", qu'on se retrouve autour de choses qui nous parlent, qui nous permettent de poser les limites et les marqueurs. On n'est plus dans l'émotion seule, mais dans l'expression collective de valeurs, que l'on renouvelle au moment d'une transgression. C'est rassurant qu'une société soit capable de s'exprimer ainsi, même si c'est par le canal de l'émotion. Cela prouve qu'elle existe encore.

La difficulté devant un tel événement est qu'il est complexe. On peut avoir des réactions différentes suivant le plan où on se situe. Pour l'immense majorité des français, c'est une relative indifférence avec de la compassion pour les victimes. Pour les habitants du Sud-Ouest, où le forcené est toujours dans la nature, c'est de l'anxiété et une identification plus forte, vu la proximité du drame. Mais les réactions peuvent aussi se placer sur le plan purement collectif. Pour les politiques, et singulièrement les candidats à la présidentielle, la réaction ne peut être que l'accompagnement de l'émotion collective. Ce qu'ils pensent et ressentent à titre individuel ne compte pas, leur rôle public l'emporte, et il est clairement d'être sur place et d'exprimer, de se faire les porte-parole du collectif. C'est leur job.