Félicien Marceau vient de mourir. Son nom ne vous dira sans doute pas grand chose, sinon rien. Et c'est normal. Ecrivain à succès, bien introduit dans les réseaux littéraires, il a collectionné plusieurs prix dont le Goncourt en 1969. Enfin, summum de la carrière, il a été élu en 1975 à l'Académie Française. Jusque très tard, il a continué à écrire, et pourtant, il est tombé dans l'oubli de son vivant, à un point assez hallucinant. Qu'un membre de l'Académie Française soit si obscur est étrange, tant cette maison sélectionne très soigneusement ses membres (j'espère que le filtre fonctionnera pour un homme-tronc lecteur de prompteur et plagiaire à ses heures). C'est le signe qu'on est du "milieu", celui qui protège de tout, même du fait d'avoir été collabo sous l'occupation, et aide grandement à rester visible, même quand on n'apporte plus rien. Jean d'Ormesson en est l'exemple même: s'il ne passait pas régulièrement à la télévision comme chroniqueur, il serait un autre Félicien Marceau, son œuvre littéraire n'ayant pas un niveau qui le sauvera de l'oubli.

Cette mort dans l'oubli m'a frappé, car quelque part, c'est un peu triste pour un écrivain d'être oublié de son vivant, quand d'autres sont publiés dans la pléiade de leur vivant. De ceux là, des oubliés, on parle peu. Une nécrologie au moment de leur décès (celle du Monde est un assassinat post-mortem) et puis c'est tout. Alors qu'au moment de leur "optimum", ils étaient reçus dans le tout-paris, faisaient jouer leurs pièces à la Comédie-française. Et voilà ce qu'il en reste. Cela permet de relativiser beaucoup l'actuelle "gloire" de ceux qu'on voit partout, qui dinent tous les derniers mercredis du mois au Siècle, qui publient les livres comme ils veulent, même si ce sont des bides et des plagiats. L'histoire fait toujours le tri, souvent après leur mort, parfois avant, ce qui est encore plus cruel. Il arrive qu'elle se déjuge et fasse revenir un oublié en pleine lumière, mais c'est rarissime. Je doute que "Bergère légère", succès de l'année 1953, soit réédité avant longtemps.

Sic transit gloria mundi. Ainsi passe la Gloire du monde.