Je ne pensais pas que mon billet de ce matin, sur le débat autour du hallal, susciterait autant de réactions, et surtout, susciterait autant de réaction de déni.

Sans prendre position sur le fond, je dis que si le débat a pris et sature les médias depuis deux jours, c'est qu'il "parle" aux gens. Sinon, vous pouvez faire confiance aux médias pour le passer à la trappe en moins de 10 secondes. S'il parle aux gens, c'est selon moi parce qu'il permet d'aborder le vrai sujet, que nombre de gens ont "honte" d'aborder frontalement, celui de l'intégration des populations de religion musulmane issues de l'immigration. Parler du hallal, ça ne fait pas "raciste" tout en permettant d'exprimer une angoisse sur cette question de la place d'une culture "non européenne" dans notre pays.

Et voilà qu'en commentaire et sur twitter, je me fait littéralement assaillir de remarques qui vont tous dans le même sens : "tu te trompes, c'est un non sujet, ça n'intéresse personne". Sans la moindre explication, juste par l'argument d'autorité ou par la disqualification. Cet acharnement à refuser de voir qu'il y a un sujet, alors que c'est une évidence, vu que les médias ne parlent que de ça...

J'y vois une attitude de la gauche depuis 30 ans autour de ce sujet de la place dans notre société de la communauté "immigrée musulmane", qui relève du déni. Depuis le début des années 80, la gauche fait l'autruche et massacre systématiquement ceux qui posent le problème, et de fait, interdisent un vrai débat, alors que c'est un problème sociétal majeur. Résultat des courses, Jean-Marie Le Pen s'empare du sujet et est le seul à en parler, en y apportant de très mauvaises réponses. Le pire, c'est que cette attitude de déni a longtemps fait que le débat s'est limité à "pour ou contre les positions de Jean-Marie Le Pen". Autant dire qu'on laissait complètement pourrir un sujet, par déni et refus idéologique d'aller sur ces questions "d'identité nationale". Rien que le fait d'aller sur ce thème vous faisait risquer un tir de barrage et une diabolisation de la part de la gauche bienpensante.

Je constate qu'aujourd'hui encore, le réflexe, même s'il est amoindri, est toujours là. Il existe une doxa de gauche, pour affirmer que la place de la communauté immigrée d'Afrique du Nord et d'Afrique noire (parce que c'est bien d'eux qu'il s'agit) en France n'est pas un sujet qui mérite qu'on s'en occupe, et que ce n'est pas un problème.

Cela m'agace profondément, car on interdit aux modérés de prendre part au débat, et de proposer des solutions autres que celle de la droite dure. On empêche même leur élaboration, car il faut d'abord échanger sur le sujet, ce qui n'est pas possible dans le climat de terrorisme intellectuel qui recouvre ces sujets. C'est comme cela que l'on fait le lit des extrémismes. Cela a d'ailleurs permis à la gauche de masquer son vide idéologique en se trouvant un rôle de rempart contre un extrémisme qu'elle contribuait grandement à alimenter. Je pensais que l'on sortait enfin de ce schéma, je vois que ça prendra plus de temps que prévu...