Le sujet du moment est l'abattage rituel des animaux, et en particulier le rite musulman. Sarkozy a lancé le sujet, Fillon en a remis une couche, et depuis, on ne parle plus que de ça. Cela peut sembler dérisoire à beaucoup : est-ce qu'il n'y a pas plus important ? Bien sur que si ! Mais une campagne électorale n'est pas faite pour parler des sujets "importants en soi", mais de parler des sujets qui "préoccupent les français". Et il se trouve que ça fait un certain temps qu'on sent monter ce rejet de l'islam. Cela a pris la forme de l'interdiction du voile intégral, et maintenant, c'est l'abattage rituel.

Vu sous cet angle, c'est un sujet primordial, celui de la capacité du pays à produire un "vivre-ensemble", à accepter l'autre, mais également à poser des limites. Cela ne peut se faire que sur des sujets qui fâchent. Le hallal est très intéressant pour ça, car c'est un sujet qui "clive", mais en même temps, ça ne déchire pas les familles et si l'incendie gagne, on peu le circonscrire assez facilement. Les réactions et positions des différents candidats, tant dans leur manière d'appréhender le débat et dans les solutions proposées, sont révélatrices. Il est également important de traiter ce sujet, car il préoccupe nombre de français (pas tous) et c'est typiquement le genre de chose qui pourrit si on ne le traite pas. Et qui resurgit plus tard, de manière virulente. Cela fait maintenant 30 ans que le sujet est sur la table, avec un symptôme évident : Jean-Marie Le Pen, qui a fait de ce sujet non traité, un fond de commerce sur lequel il a fait son beurre pendant 20 ans.

Finalement, c'est un signe de bonne santé démocratique que ce sujet soit abordé de front. Il faut reconnaître ce mérite à Nicolas Sarkozy, même si on peut déplorer les solutions, et surtout, l'enrobage communicationnel qu'il donne à ses solutions finalement pas si virulente. Pendant 5 ans, il a beaucoup braillé et gesticulé, lancé des débats, fait voter des lois. Mais concrètement, cela a donné quoi sur le terrain ? Quelle différence majeure depuis 5 ans ? Pas énorme, même si elle existe. Mais peut être que tout simplement, c'est un problème "psychologique" qui doit se traiter par de la communication et de la gesticulation, mais surtout pas par des mesures réellement concrètes.

De toute manière, ce ne sont pas les politiques qui détiennent les solutions. Ils ne sont que des mandataires, qui font ce que leurs mandats (nous) leurs demandons. La grande qualité requise chez un politique, c'est de savoir sentir ce que les électeurs lui demandent réellement, au delà des bruits de ceux qui parlent fort, monopolisent les médias, mais ne représentent finalement qu'eux mêmes. Ils proposent les "solutions" qui leur apparaissent faisables, c'est à dire souhaitées par les électeurs. Il est finalement assez rare que des élus prennent le contre-pied de leurs électeurs, pour décider des choses qui vont clairement contre la demande sociale majoritaire. Cela signifie souvent la défaite à l'élection suivante. Sur le Hallal comme sur le reste, Nicolas Sarkozy a senti qu'il y avait une demande sociale. Il y répond en abordant le sujet et en proposant les solutions qui agréent à son électorat.

La peur de l'islam, le rejet de l'autre, elle est chez les français. Les politiques ne sont que des révélateurs et le hallal un simple "abcès de fixation".